Les congés de fin d'année pour la fonction publique créent la polémique à Genève. Sur décision du Conseil d'Etat, les employés du canton ne travailleront pas entre Noël et Nouvel An. Ce pont de quatre jours chômés – au lieu des deux traditionnellement accordés – ne sera pas compensé. Alors que les employés du secteur privé ne peuvent que pester contre un calendrier défavorable, les 24 et 31 décembre tombant un vendredi, des voix s'élèvent aujourd'hui pour dénoncer ce cadeau offert aux fonctionnaires (LT du 06.11.2004). Dans le reste de la Suisse romande, les autorités sont bien moins généreuses.

Indépendamment du calendrier, Genève accorde d'ordinaire deux jours chômés durant les fêtes de fin d'année. C'est, du moins, ce que dit la loi. La pratique est tout autre. Le pont de fin d'année entre Noël et Nouvel An a été institué en 1981 déjà. Ces congés étaient alors compensés durant le reste de l'année. Le système a prévalu jusqu'en 1992. En contrepartie de concessions sur les annuités et l'indexation des salaires, les syndicats ont alors obtenu la généralisation du pont sans compensation. Comme l'indexation, les annuités ou les primes de fidélité ne seront que partiellement reconduites en 2004 et en 2005, le Conseil d'Etat a voulu faire un geste en faveur de ses collaborateurs.

Seul le Jura suit en partie la voie tracée par les Genevois. Du 24 au 31 décembre, les employés de la fonction publique auront en effet congé. Mais, à la différence de Genève, le pont est rattrapé durant toute l'année. Les Jurassiens travaillent en effet 43 heures au lieu de 42 pour pouvoir s'offrir le pont entre Noël et Nouvel An, le pont de l'Ascension et le congé de la Saint-Martin.

A l'opposé de la pratique genevoise, le canton de Berne n'accorde à ses employés que deux après-midi de congé, les vendredis 24 et 31 décembre. «Ces deux semaines sont des temps normaux de travail», explique Jean-Paul Weiler, suppléant du chef de l'Office du personnel. D'ordinaire, Berne accorde les 25 et 26 décembre ainsi que les 1er et 2 janvier comme jours de congé aux fonctionnaires.

A Fribourg, le personnel de l'Etat poursuit également ses activités en dehors des jours fériés. Ainsi, mis à part le 24 décembre après-midi, le 25, le 26 et les 1er et 2 janvier, la fonction publique travaille. Cette année, les employés ne bénéficieront que du 24 décembre après-midi, les autres jours tombant sur un week-end. Cette règle comporte quelques exceptions. L'employé peut tout d'abord prendre sur ses jours de vacances ou ses heures supplémentaires pour réaliser le pont. Martine Morard, adjointe du chef du Service du personnel et d'organisation (SPO), évoque la flexibilité du système: «Si un service veut fermer pendant cette période – notamment pour pallier la baisse normale de ses activités durant les Fêtes – il peut le faire, à la condition d'avoir capitalisé une réserve de jours durant le reste de l'année. Bien sûr, cette possibilité est exclue pour les services qui nécessitent une permanence.» Durant certaines périodes de l'année, certains employés travaillent davantage que l'horaire hebdomadaire pour faire le pont en fin d'année. Enfin, ultime particularisme: si les hasards du calendrier font que Noël tombe un mardi ou un samedi, le jour précédent la fête est chômé par la fonction publique.

Aucun congé supplémentaire n'est non plus offert par le canton de Vaud. Noël, les 1er et 2 janvier sont fériés. D'ordinaire le 26 décembre l'est également. Mais le Conseil d'Etat se réserve le droit d'utiliser ce jour chômé à une autre date. Tombant cette année un dimanche, le congé du 26 aura lieu le vendredi 31 décembre. Concernant les employés, ils peuvent bien sûr prendre sur leur solde de vacances ou celui de leurs heures supplémentaires pour faire le pont. Le cas échéant, le chef de service est compétent pour fermer un domaine au public. Mais un service fermé ne signifie pas forcément que tous les employés ne travaillent pas. Et, durant les Fêtes, bon nombre d'activités de l'Etat maintiennent des permanences et une activité régulière.

A Neuchâtel, les largesses genevoises font sourire. «Nous n'offrons rien en sus des jours fériés», explique Thierry Gonzales, responsable des ressources humaines. Les fonctionnaires bénéficieront ainsi d'un congé les 24 et 31 décembre. Rien de plus. Les employés qui veulent faire le pont utilisent leur solde de vacances, d'heures supplémentaires ou de jours de compensation. Concernant le nombre de jours fériés par année, le canton de Neuchâtel se réserve toutefois une marge de manœuvre. Si ce nombre tombe en dessous de 10, un jour chômé supplémentaire est rajouté. En 2005 par exemple, où bon nombre de congés automatiques tombent sur un week-end, Neuchâtel a accordé le 28 février aux employés de la fonction publique.

Reste que l'exception genevoise pourrait bien faire des remous ces prochaines semaines dans la cité du bout du Léman. Dans un camp, les employés de la fonction publique genevoise mèneront des actions pour lutter contre la limitation des mécanismes salariaux. Dans un autre, la droite montera au front pour demander la suppression du cadeau de Noël aux fonctionnaires.