Tous les deux ans, le Parti socialiste se réunit en grand congrès pour discuter, discourir, rencontrer les camarades des autres cantons et voter, beaucoup, sur beaucoup de sujets. Ses 600 députés, qui représentent toutes les sections du pays, se sont rassemblés ce week-end à Brugg-Windisch, en Argovie. Dans une gigantesque halle rouge – couleur dont beaucoup de camarades se sont ardemment réjouis – ils ont eu pour mission de se pencher sur le nouveau programme économique du parti, mouture 2019-2029. La thématique est sensible: En 2016, une proposition pour le «dépassement du capitalisme» avait failli provoquer une scission des membres les plus centristes. 

En février 2018: Le PS élabore son nouveau programme économique

«Bienvenu dans le canton des carottes»

Samedi matin, 10 heures et demi, deux jours de marathon politique commencent. «Bienvenue dans le canton des carottes, des autoroutes et des centrales nucléaires», ouvre la présidente du parti argovien, Gabriela Suter. Elle est suivie à la tribune par Urs Hoffman, conseiller d'état argovien, par Rosi Magon, la vice-présidente du conseil de ville de Windisch et par Hanna Pfalzgraf, des jeunes socialistes. Cette dernière rappelle à tous ses collègues qu'hommes et femmes «devraient disposer du même temps de parole». Les quatre premières allocutions font place au vote sur l'ordre du jour. Puis à l'élection des scrutateurs et à celle de la commission de vérification des mandats. Et on revote sur un détail de l'ordre du jour. Suit un discours en langage des signes, une première, de Tatjana Binggeli, présidente de la fédération suisse des sourds.

Enfin, Christian Levrat, le président du PS, vient haranguer ses troupes. «Je vais faire court, sinon je vais mal commencer par rapport au protocole d’égalité de parole homme-femme», débute le Fribourgeois. Ricanements dans la salle. Pas du côté du PS femme. S'ensuit un «bref» discours de près de 40 minutes sur – entre autres – le climat, l'accord-cadre avec l'UE et le pacte sur les migrations. Critique envers ses collèges parlementaires sur ce dernier point, le président accuse: «Vous creusez la tombe des démocraties libérales», tonne-t-il à l'adresse de l'UDC, du PLR et du PDC. Applaudissements nourris.

Enfin, la star du jour fait son entrée: Alain Berset, le président de la Confédération. Son allocution fera la part belle à sa visite d'un camp de réfugiés Rohingyas au Bangladesh. «Rien de nouveau sur l'Europe», note un peu déçu l'ambassadeur d'Allemagne, Norbert Riede. Le conseiller national Beat Jans (PS/BS) clôt le prologue par un huitième discours. Ne reste plus qu'à débattre de 95 articles.

«Où est le secteur neuf»?

Pendant quatre heures et demi, les délégués socialistes de toutes les communes de Suisse se succèdent à la tribune. Il a fallu plus d'une année et demi pour finaliser le texte en discussion – «une feuille de route pour apporter des réponses aux grandes controverses de notre temps» - qui se veut aussi inclusif que possible. Les amendements proposés sont toutefois multiples, de la semaine de 35 heures – approuvées – au crowdfunding des artistes indépendants.

La plupart des votes sont nets. D'autres nécessitent de compter les mains levées. De manière plus ou moins ordonnée. «Secteur sept?», «Zwölf.» «Secteur huit?» «Quarante-quatre.» «Ca me parait impossible.» «Secteur neuf?» Silence. «Où est le secteur neuf?» Le porte-parole du secteur neuf finit par être débusqué, l'amendement est refusé, la conversation se poursuit. 

La présentation du programme, le 23 novembre: L’économie selon (presque) tout le Parti socialiste

«L'utilité de cette rencontre est avant tout de convaincre que le PS dispose également d'une vision économique crédible», commente le conseiller national Vaudois, Samuel Bendahan. «Le parti n'est pas contre l'économie, il désire simplement que celle-ci bénéficie à tous.»

Le dépassement du capitalisme est-il toujours au programme? «Oui, c'est dans le programme général adopté à Lausanne il y a 6 ans. Mais les discussions du jour portent plutôt sur les orientations à moyen-terme, le programme général vaut pour 20 ans». Les dissensions du passé sur les revendications rouges d'une certaine frange du parti seraient oubliées. «Nous avons pacifié le parti», confirme le conseiller national Roger Nordmann, «le papier du jour n'est pas très contesté». Sept heures après le premier discours, les députés du PS acceptent en effet très largement cette nouvelle feuille de route. Applaudissements.

Une grande opération de réseautage

La première journée touche à sa fin, l'occasion d'un bilan intermédiaire. «Le papier n'est pas vraiment important», concède le conseiller national argovien Cédric Wermuth. «On est surtout là pour se voir». Le dernier point du programme du jour a probablement été pensé pour répondre à cette préoccupation: «17h30: Apéro.»