Le témoignage de Christian concernant le rôle de son frère jumeau G. et de ses cousins Doudou et le Serpent dans la constitution du cartel du chanvre du Val-de-Travers (LT du 29.05.2004) a suscité plusieurs réactions durant le week-end. Sur la chronologie des faits, tout d'abord. Interrogé par Le Matin Dimanche, le juge d'instruction Nicolas Feuz relativise la crédibilité des dates avancées et assure que Christian «affirme certaines choses qui sont fausses». Conseillère d'Etat en charge de la Justice, de la santé et de la sécurité, Monika Dusong a quant à elle souligné sur les ondes de la RSR «n'accorder aucun crédit à ce témoignage […] qui jette l'opprobre de manière légère sur le travail de la police».

La ministre s'est également questionnée sur «l'attitude citoyenne» de Christian Zülli, conseiller communal (exécutif) de Saint-Sulpice, qui a confié au Temps et à la RSR qu'il savait qu'il se tramait quelque chose dans la champignonnière située à proximité de sa maison sans penser à en aviser la police. «Je m'interroge sur le silence de ces gens qui prétendent savoir et qui n'ont rien dit, a-t-elle indiqué. Si il y avait vraiment eu des indices, pourquoi personne n'aurait avisé la police pour lui faire part de ses soupçons?» Pour la conseillère d'Etat, il s'agit là «de propos du café du Commerce». Et aujourd'hui, alors que onze sites de production de chanvre ont été découverts entre le Val-de-Travers, le col des Roches et la vallée de la Brévine, «tout le monde est plus intelligent».

Un autre bémol à appliquer à la rumeur du «tout le monde savait» renforcée par le témoignage de Christian provient de la famille même de Doudou, initiateur présumé du cartel du chanvre. Selon deux de ses proches, domiciliés au Vallon, sa femme et ses deux enfants eux-mêmes ne connaissaient pas du tout l'existence des cultures de chanvre. «Ils ne savaient pas, nous ne savions pas: dans ces conditions, on peut difficilement prétendre que tout le monde était au courant».

Si la révélation de «l'affaire» a surpris nos interlocuteurs, elle ne les a pas stupéfiés. Car à les entendre, la réputation sulfureuse de Doudou, surtout, du Serpent et de leurs cousins n'est pas surfaite. «On savait qu'ils avaient trempé dans différentes combines. Il était aussi passionné d'armes, collectionnait les revolvers et les fusils de chasse. En l'épousant, il y a une quinzaine d'années, sa femme savait donc où elle mettait les pieds. Mais elle ne pouvait pas imaginer qu'il soit un jour mêlé à une affaire d'une telle ampleur. Là, c'est vraiment grave. Ça doit être particulièrement dur pour ses enfants.»

Car s'il a «la folie des grandeurs» et «une ambition démesurée», Doudou est aussi un père et un mari attentionné. «Il a toujours été très gentil avec son épouse. Il peut être arrogant avec certains. Mais avec elle, c'est tout différent.»

Un côté «très famille» qui, selon ses proches, serait issu d'une enfance «pas forcément très heureuse». A la fin de sa scolarité obligatoire, sans le moindre diplôme, il obtient un emploi dans la champignonnière de Saint-Sulpice. Il aide ensuite quelque temps son grand-père, agriculteur à Couvet.

Au milieu des années 80, il trouve un emploi à Cossonay (VD), au sein de la société Provimi, active dans la production et la distribution d'alimentation animale à base de céréales. C'est à cette période qu'il fait la connaissance de son épouse, de huit ans sa cadette. Ils peuvent se voir régulièrement, car Doudou fait chaque jour les courses entre Couvet et Cossonay. «C'était une belle période», glissent nos interlocuteurs.

Comme «il en voulait toujours plus», Doudou commence «à combiner», se livrant notamment à la contrebande de frites et de viande. Jusqu'à se lancer, sans que sa famille ne se l'explique, dans la culture et le commerce du chanvre. Au bénéfice d'une rente AI depuis quelques années en raison de problèmes de dos, il ne laissera jamais rien transparaître de son activité. «Comment auriez-vous voulu qu'on se doute de quelque chose. Il était accueillant. Il voulait montrer qu'il savait recevoir. Pour fêter ses 40 ans, il avait même organisé un feu d'artifice.»