Un état de grâce. Inattendu, quand on se sait qu'il n'y a pas si longtemps, le Jura bernois était considéré, par les grands médias bernois, comme région sinistrée. Là, en trois touches rapprochées, Moutier et la région bernoise francophone se profilent comme région économique dynamique. Carrément concurrentielle.

Il y eut le salon industriel Siams, la semaine dernière, couru par plus de 15000 visiteurs professionnels. Mardi, la Ville de Moutier, qu'on croyait noyée dans les chiffres rouges, présentait des comptes 2007 avec un bénéfice de 2,5 millions. Mercredi, la reconnaissance de la bonne forme du Jura bernois est venue d'une instance qu'on peut difficilement qualifier de complaisante: la très libérale Chambre bernoise du commerce. Qui a ausculté quelque 120 communes bernoises de plus de 2000 habitants et les a classées en fonction de leur attractivité économique.

Les centres urbains et leurs proches banlieues se taillent évidemment la part du lion. Deuxième, Bienne voit ses efforts récompensés. Le Jura bernois, et en particulier ses deux pôles, Moutier et Saint-Imier, se hissent dans le groupe qualifié par les experts d'«élite et de pointe». Avec cette appréciation du directeur de la Chambre économique bernoise, le député radical Adrian Haas: «Des communes du Jura bernois font aussi bonne figure au plan cantonal.»

«La situation s'est inversée»

L'expert Willy Fischer rappelle que, lors de sa précédente analyse, en 2004, il avait fait l'amer constat du peu de compétitivité du Jura bernois. «La situation s'est fondamentalement inversée, dit-il. Finie la dépression, le Jura bernois se bouge.» Le compliment a été très apprécié par les représentants des communes jurassiennes bernoises, mercredi à Tramelan.

Zone décrétée périphérique et rurale, le Jura bernois décroche, de la part d'une institution neutre, «la reconnaissance industrielle qu'il mérite», relève Thierry Lovis, président de la section du Jura bernois de l'Union du commerce. Qui ajoute: «Ce n'est pas tombé du ciel, les autorités et les entrepreneurs se sont montrés actifs.» Par rapport aux évaluations de 2004, les treize communes analysées du Jura bernois progressent. En particulier Sonceboz, qui gagne quatorze points. Saint-Imier intègre le peloton d'élite et y rejoint Moutier.

Même si elles restent à distance respectable d'autres villes bernoises, notamment parce que, géographiquement, elles sont éloignées des pôles et des aéroports, Moutier et Saint-Imier présentent d'indéniables atouts. En terrains à bâtir disponibles, en transport ou en places de parc. Le Jura bernois s'illustre encore par la qualité de vie et d'environnement qu'il propose. Ou parce que ses autorités ont su prendre le taureau par les cornes.

«Il reste un potentiel d'amélioration dans le domaine des taxes et des impôts», souligne le président de la Chambre bernoise, Niklaus Lüthi. Avec la connexion déficiente aux axes majeurs de communication, c'est le point faible du Jura bernois.

«Ce résultat objectif et positif de notre attractivité doit nous servir de carte de visite», fanfaronne le maire de Moutier, Maxime Zuber. Qui n'a pas boudé son plaisir, lui le socialiste séparatiste francophone, honoré par le patron des patrons bernois, libéral et germanophone. Comme son collègue maire de Saint-Imier, Stéphane Boillat, Maxime Zuber a reçu, en guise de récompense, un ours aux couleurs bernoises. Ça risque de faire tache, dans le hall de l'hôtel de ville autonomiste de Moutier.