Islam

Le conseil central islamique entend se réunir coûte que coûte en Suisse alémanique

Le propriétaire de la salle zurichoise où devait se tenir une conférence organisée par le conseil central islamique (CCIS) annule l’événement, qui devrait rassembler un millier de musulmans et des intervenants d’obédience salafiste. L’organisation de Nicolas Blancho annonce un «plan B»

Le conseil central islamique (CCIS) présidé par Nicolas Blancho espère attirer un millier de musulmans à Zurich pour la tenue d’une conférence, les 6 et 7 mai prochains. «L’un des plus grands déploiements islamiques qu’ait connu la Suisse au cours des dernières années», selon le Sonntagszeitung dimanche, ressemble en fait en tout point à un événement déjà organisé en 2016 par le CCIS sous le titre «unis pour la paix» et qui, selon ses dirigeants, avait rassemblé mille personnes sur deux jours entre Berne et Zurich.

Or la conférence intitulée cette fois «aspirer à la paix» semble compromise, le propriétaire de la salle réservée pour l’événement ayant annulé l’événement lundi. Une décision saluée par le ministre zurichois chargé de la sécurité Mario Fehr, qui avait critiqué le propriétaire des lieux dans les médias alémaniques pour cette «plateforme» offerte au CCIS. Le soulagement des autorités pourrait être de courte durée: l’organisation de Nicolas Blancho annonce d’ores et déjà un «plan B». «Notre conférence aura lieu» affirme son porte-parole Qassim Illi, qui ne souhaite pas donner davantage d’information, mais précise que les intervenants invités «ne violent pas les lois suisses et représentent l’islam du milieu. Est-ce interdit de défendre le voile? Non, c’est une question de valeurs et nous avons le droit de défendre les nôtres».

Missionnaires autrichiens

Parmi les orateurs déjà annoncés, la chanteuse malaisienne Flynn Jamal, ex-star de la pop, qui viendra expliquer comment le niqab l’a «libérée». Ou encore, le «groupe Iman d’Autriche», présenté sur le site de l’événement comme un spécialiste de la «Dawa», une technique de prosélytisme auprès des non-musulmans. Le Conseil d’Etat zurichois s’est tourné vers les autorités fédérales pour évaluer un potentiel risque de trouble à l’ordre public, ou la nécessité d’une interdiction personnelle d’entrée sur le territoire, comme cela s’était déjà produit par le passé pour plusieurs prédicateurs du Golfe invités par le CCIS qui s’étaient distingués par des prêches violents.

Un cas précédent montre la marge de manoeuvre étroite dont dispose les autorités qui seraient tentées d’interdire un tel rassemblement. En 2014, le préfet de la Sarine avait refusé de délivrer l’autorisation nécessaire à une conférence du CCIS dans le canton de Fribourg, invoquant «des risques probables, sérieux et concrets de troubles à l’ordre et à la sécurité publics». Le CCIS avait d’abord recouru auprès du Tribunal administratif cantonal. Débouté, il avait fini par déposer une plainte au Tribunal fédéral. Les juges de Lausanne avaient donné gain de cause à l’organisation islamique: l’interdiction contrevenait bel et bien à leur liberté de réunion.

«Une tendance salafiste autorisée à s’exprimer»

Empêcher une telle manifestation est «contre-productif», estime Andreas Tunger-Zanetti, spécialiste de l’islam à l’université de Lucerne: «Cela renforce le conseil central islamique dans son statut de victime et lui apporte davantage de publicité. Le groupe de Nicolas Blancho provoque et fournit du grain à moudre aux populistes de droite». Les dirigeants du CCIS affichent une ligne ultra-conservatrice, piétiste, de l’islam, à tendance salafiste. Un courant très minoritaire, explique encore le chercheur: «Sa tendance au communautarisme va à l’encontre de l’aspiration de la très grande majorité des musulmans à un islam compatible avec leur réalité suisse. C’est pourquoi ils ne parviennent pas à fédérer largement et stagnent à 3800 membres. Or, tant qu’il n’y a pas d’appel à la haine ou à la violence ou quoi que soit qui rompt les lois, c’est une tendance qui est autorisée à s’exprimer».

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