Le Département de l’instruction publique (DIP) du canton de Genève n’a pas toujours su assurer la protection de ses élèves par le passé. Il a parfois failli, a fait savoir mercredi la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta, commentant la publication d’un rapport sur les cas d’atteinte à l’intégrité sexuelle d’élèves impliquant des enseignants.

L’enquête de l’ancienne juge du Tribunal administratif de première instance de Genève Quynh Steiner Schmid et de l’ancien président du Tribunal fribourgeois pour mineurs Michel Lachat, a été menée sur des cas remontant parfois à 30 ans. Ils comportent notamment les témoignages d’anciennes élèves de l’islamologue Tariq Ramadan.

La loi du silence a fait place à la loi de la parole

M. Lachat a relevé qu’à l’époque des faits, aucune plainte n’avait été déposée contre Tariq Ramadan. Aucun élément concret n’était arrivé aux oreilles du DIP sur les comportements de l’islamologue envers certaines de ses élèves. Pour agir, il aurait fallu que les victimes dénoncent ces agissements.

Aux yeux de l’ancien juge fribourgeois, il n’a donc pas été constaté de dysfonctionnements au sein des services de l’instruction publique de l’époque. Le DIP n’a jamais ignoré un cas qui a été porté à sa connaissance. Il ne s’est jamais assis sur des éléments qui lui étaient signalés, a souligné Mme Steiner Schmid.

En 30 ans, le contexte a beaucoup évolué. La loi du silence qui entourait les cas d’abus sexuels dans le passé a fait place, aujourd’hui, à la loi de la parole, a relevé M. Lachat. Tariq Ramadan a agi pendant cette période où il était courant de garder ces choses pour soi, faute souvent de structures pour se confier.

«Un prédateur»

«On a eu affaire à un prédateur qui a profité de jeunes femmes pour assouvir ses propres besoins», a pour sa part déploré le président du Conseil d’Etat genevois, Antonio Hodgers, en parlant de Tariq Ramadan. En revanche, le magistrat n’a pas voulu porter de jugement sur la façon dont fonctionnait le DIP à cette époque.

Les deux experts ont transmis une série de recommandations au Conseil d’Etat afin d’éviter de telles situations. Ils préconisent notamment d’insister sur la prévention, de mettre en place une réglementation claire interdisant les rapports sexuels entre élèves et enseignants et l’obligation de dénoncer tout abus.

Le DIP a déjà pris les devants en annonçant plusieurs mesures avant même la publication du rapport. Cette volonté a été saluée par les experts. «Les recommandations contenues dans le rapport seront mises en œuvre d’ici à la rentrée scolaire de 2019», a fait savoir Mme Emery-Torracinta.