Score est mort. Face aux résistances suscitées par le projet de réforme de la grille salariale des fonctionnaires de l’Etat, après des mois de reculades et de concessions, le gouvernement genevois a décidé de tirer définitivement la prise. Manque d’adhésion des collaborateurs, opacité ou encore extrême complexité du système: les tares originelles du projet ont eu raison du Conseil d’Etat. Plutôt que de poursuivre la fuite en avant, il dit avoir choisi la voie «honnête et courageuse» qui consiste à tout reprendre à zéro. Les contours d’une nouvelle réforme seront présentés d’ici à la fin de l’année.

Depuis dix ans, l’Etat s’échine à faire accepter la réévaluation des fonctions au sein de ses services. Les ressources internes mobilisées durant cette période se chiffrent à 1,8 million de francs. Un gaspillage des deniers publics? «Non, balaie la cheffe des Finances, Nathalie Fontanet. Malgré tous nos efforts, le projet est parti avec un déficit de confiance qui s’est révélé impossible à combler. Les leçons tirées de cette expérience serviront à l’élaboration du nouveau projet.» Devisé à 60 millions de francs, le coût de la réforme a progressivement augmenté au fil du temps, passant de 65 à 79 millions de francs, au gré des ajouts concédés par le gouvernement aux syndicats réfractaires. Il devra être réévalué.

«Une boîte noire»

Réformer le système de rémunération de la fonction publique genevoise reste en effet nécessaire. La grille salariale actuelle date des années 1970 et certains critères retenus, comme la force physique, apparaissent aujourd’hui obsolètes. Pour parvenir à fédérer, le Conseil d’Etat compte cette fois associer les collaborateurs dès le début de la réflexion. «Nous allons démarrer un vaste dialogue avec tous les partenaires, syndicats et cadres, pour élaborer un projet qui garantisse l’équité de traitement entre tous les collaborateurs», plaide Nathalie Fontanet.

Elaboré par une entreprise privée, de manière confidentielle, l’outil Score avait tout d’une «boîte noire». Impossible d’expliquer aux collaborateurs les mécanismes de calcul aboutissant à une baisse ou à une hausse de leur salaire, faute de transparence. Les autorités genevoises comptent bien éviter cet écueil. «Il sera impossible de produire, à l’interne, un système capable de gérer les salaires de 50 000 fonctionnaires, mais nous nous impliquerons au maximum dans sa conception pour garder une marge de manœuvre», affirme le président du gouvernement, Antonio Hodgers.

Lire aussi: Reculade du Conseil d’Etat devant le syndicat de la fonction publique

Attaqué de toutes parts, le projet Score aurait eu peu de chances de trouver une majorité politique au Grand Conseil. Son retrait aura néanmoins des conséquences directes. Dans l’attente de la réforme, certaines réévaluations ont été gelées et la justice a donné raison à une dizaine de collaborateurs qui s’en plaignaient. «Cela concerne deux catégories professionnelles, les maîtres d’éducation physique et les auditeurs», précise Nathalie Fontanet. Pour le reste, le Conseil d’Etat s’attend à faire face à de nouvelles doléances individuelles et compte y répondre au cas par cas, sans toutefois court-circuiter la nouvelle réforme.

Nous sommes prêts à collaborer sur ce futur projet, mais les critères doivent être transparents

Olivier Baud, membre du bureau du Cartel intersyndical

Du côté des syndicats, fermement opposés au projet, on accueille cette victoire avec une pointe de cynisme. «Dix ans pour comprendre qu’on va dans le mur avec un mauvais projet, c’est long», tance Olivier Baud, membre du bureau du Cartel intersyndical, soulignant «l’échec et l’obstination des gouvernements successifs». Les syndicats qui se sont montrés durs en affaires en tentant de grappiller des améliorations pour telle ou telle fonction ne détiennent-ils pas une part de responsabilité? «Nous sommes dans notre rôle en défendant les acquis, argue Olivier Baud. C’est pourquoi on perçoit un aspect punitif dans le retrait du projet. Une manière de dire: vous avez été trop gourmands, on arrête tout.»

Lire également: A Genève, l’impossible réforme de la grille salariale des fonctionnaires

Les syndicats s’accordent à dire que la grille salariale actuelle est obsolète, mais seront-ils prêts à faire des concessions? «Oui, même s’il y a certains points sur lesquels on ne cédera pas», affirme Olivier Baud. Il est par exemple impératif, selon lui, de réduire l’écart entre bas et hauts salaires. «Nous sommes prêts à collaborer sur ce futur projet, mais les critères doivent être transparents.» C’est l’une des clés de la réussite pour le Conseil d’Etat. Si certaines professions s’estimaient lésées par l’introduction de Score, d’autres au contraire sortaient gagnantes. «Tant qu’elles ont un fondement rationnel, les réévaluations peuvent être comprises par les collaborateurs», veut croire Nathalie Fontanet.