Le sort d'Eric Stauffer sera bientôt scellé. Selon les informations du Temps, le Conseil d'Etat dira à la mi-novembre s'il entend révoquer l'administrateur des Services industriels de Genève (SIG), par ailleurs élu MCG au Grand Conseil. Trublion de la République, ce dernier est parvenu à faire sortir de leurs gonds les SIG. Fait rarissime, la régie publique a mis la main au porte-monnaie pour faire paraître un communiqué sous forme de publicité dans plusieurs médias pour vouer aux gémonies l'homme et ses «attaques incessantes, virulentes, excessives et souvent fausses». Un appel au secours sans doute destiné au Conseil d'Etat, seul habilité à prendre des mesures.

Ce qui est sûr, c'est que le «cas Stauffer» préoccupe Robert Cramer, ministre de tutelle des SIG, et ses collègues du gouvernement. Il faut dire que l'écologiste a lui-même fait les frais des offensives d'Eric Stauffer, dans l'affaire des bonus princiers aux SIG ou lors de la crise des déchets napolitains. Deux affaires où l'agitateur a fini par obtenir gain de cause.

Les SIG avaient déjà envoyé leur communiqué aux médias la semaine passée, suite à une séance du conseil d'administration en partie consacrée à l'attitude du député administrateur. Pour la première fois, la régie a envisagé de ne plus porter plainte contre X, mais contre Eric Stauffer lui-même, pour atteinte à l'intégrité de l'entreprise. «Pour diffamation», précise Daniel Mouchet, président des SIG (LT du 17.10.2008).

Jusqu'à présent, le Conseil d'Etat n'a pas pipé mot. Mais il semble que les autorités, sensibles à l'exaspération de l'entreprise, s'étaient en fait déjà saisies de la question d'une éventuelle révocation avant cette nouvelle crise. Il faut dire que la régie fait régulièrement les frais de la méthode Stauffer, qui consiste à dénoncer divers «scandales» en martelant à tout va son credo sur «la défense des intérêts des citoyens». Récemment encore, l'administrateur attribuait aux SIG le versement prétendument indu de 74 millions à Gaznat en 2000 et de 100 millions pour redresser EOS, «flouant» ainsi les citoyens.

L'employé du peuple

Dans un communiqué hier soir, le MCG contre-attaquait pour Eric Stauffer, en dénonçant la publicité des SIG, «une très grave insulte au débat démocratique et une atteinte intolérable à la liberté d'expression». Qu'on se le dise: «Le patron d'Eric Stauffer, c'est le peuple, pas les SIG.»

Selon la loi sur les SIG, régie publique autonome placée sous la haute surveillance du gouvernement, «le Conseil d'Etat peut en tout temps révoquer l'administrateur pour de justes motifs. Est notamment considéré comme tel le fait que, pendant la durée de sa fonction, l'administrateur s'est rendu coupable d'un acte grave, a manqué à ses devoirs ou est devenu incapable de bien gérer.» Verdict, donc, à la mi-novembre.