La crise du Centre horticole de Lullier et «l'affaire Hensler» (LT des 4 et 5.02.2004) donnent lieu à de nouveaux rebondissements et ont fait une première victime: le directeur de l'institution a été relevé de ses fonctions par le gouvernement. Mercredi, le Conseil d'Etat genevois a également décidé de confier un «mandat visant à clarifier plus particulièrement les règles applicables pour les interventions externes effectuées par les élèves des écoles professionnelles de Lullier». Cette décision fait suite aux conclusions de l'enquête administrative menée en juin 2003 par l'ex-procureur général Bernard Bertossa, mais aussi à la volonté du conseiller d'Etat Charles Beer, en charge du Département de l'instruction publique, de mettre un terme à l'opacité d'un système de prestations fournies à des représentants de l'Etat en guise de compensation pour divers services rendus.

Système de compensation

Pour rappel, la semaine dernière, le syndicaliste Rémy Pagani dénonçait les pratiques de l'établissement genevois, ainsi que du chancelier d'Etat Robert Hensler. Il accusait ce dernier d'avoir profité des faveurs de l'école, qui représentaient quelque 270 heures de travail pour la décoration florale et ornementale de son jardin. Après enquête rapide menée la semaine dernière, Charles Beer infirmait ce chiffre, mais faisait néanmoins le constat suivant: le chancelier a bien bénéficié, en 2003, de 185 heures de travaux en guise de compensation pour les «obligations protocolaires» qui amèneraient souvent le chancelier à recevoir chez lui des personnalités. Dès lors, en rompant avec un système de compensation vieux de quarante ans ne répondant pas aux exigences de comptabilité publique exigibles dans une démocratie moderne, le Conseil d'Etat semble plaider pour la transparence.

Concrètement, le mandat, qui sera confié à une personne désignée par le gouvernement, consistera notamment à définir les modalités contractuelles des prestations fournies à des tiers par les élèves de Lullier, à établir des règles de gestion et de contrôle applicables et à cadrer les besoins en formation. Hormis la direction du Centre horticole de Lullier, le personnel et les étudiants et divers services du DIP, l'Inspection cantonale des finances sera également associée à la démarche. Par ailleurs, le procureur général Daniel Zappelli, qui a ouvert une enquête préliminaire sur Lullier, se verra remettre les éléments pertinents qui pourraient apparaître dans l'exécution du mandat.

Autre décision d'importance de l'exécutif cantonal: il relève Gérald Meylan de ses fonctions de directeur des écoles professionnelles de Lullier. «A sa demande, souligne le Conseil d'Etat, afin de contribuer à faire revenir la sérénité dans l'école.» Démis, il sera désormais rattaché à la direction générale de l'enseignement postobligatoire avec une mission: «rendre conforme» à la nouvelle loi fédérale sur la formation professionnelle les formations dispensées à Lullier. Un rapport est attendu pour fin juin, alors que Gérald Meylan est censé prendre sa retraite anticipée en septembre de cette année.

«Pratiques abusives»

Dans les faits, ce futur ex-directeur de Lullier avait déjà fait l'objet d'un blâme du Conseil d'Etat à la suite du rapport Bertossa. Un rapport qui dénonçait «les pratiques abusives et pas admissibles» d'octroi de corbeilles de fin d'année à près de vingt membres de sa famille. L'enquête de l'ex-procureur mettait également au pilori le management de ce directeur, dont les attitudes étaient «propres à engendrer des réactions extrêmement contrastées, allant de l'admiration au respect sans nuance jusqu'à la peur et au rejet total».