Le PDC jurassien pourrait perdre le siège laissé vacant au gouvernement cantonal par le départ à la fin de l’année passée de Charles Juillard au Conseil des Etats à Berne. Ce dimanche, c’est en effet la socialiste Rosalie Beuret Siess qui a déboulé en tête du premier tour de l’élection complémentaire avec 9367 voix (41,5%). Elle devance ainsi de 820 suffrages l’ancienne sénatrice PDC Anne Seydoux-Christe (8547 voix, 37,8%). Troisième, l’UDC Romain Schaer réalise un bon score, passant la barre des 20% (4657 voix, 20,6%). Tout se jouera donc au second tour prévu le dimanche 1er mars.

Egalité et climat

«Terminer à la première place est une très grande satisfaction», commente «à chaud» Rosalie Beuret Siess, au stamm du PS, installé dans un restaurant à but social de la zone industrielle de Delémont. Elle explique ce résultat par le soutien de l’ensemble de la gauche et l’élan créé par les thèmes comme l’égalité homme/femme ou le climat. L’Ajoulote constate également avoir été portée par sa région, traditionnellement de droite, où elle termine néanmoins en tête. Dans sa ville de Porrentruy, où elle siège à l’exécutif, elle creuse l’écart avec sa principale adversaire, avec 1115 voix (50,41%) contre 682 pour Anne Seydoux-Christe (30,83%).

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Agée de 41 ans, considérée comme l’outsider en début de campagne face à l’expérimentée Anne Seydoux-Christe, 61 ans, et ses trois mandats sous la coupole fédérale, Rosalie Beuret Spiess aborde dorénavant le second tour dans le rôle de la favorite. Mais rien n’est encore joué et le résultat s’annonce incertain. Si l’on aurait pu s’attendre à ce que l’ancienne conseillère aux Etats démocrate-chrétienne fasse mieux, notamment dans les Franches-Montagnes, son score est jugé «très positif et encourageant» par son président de parti, Pascal Eschmann, surtout dans une configuration avec «une seule candidate de gauche face à deux candidats de droite et du centre». Pour lui, tout demeure ouvert pour 1er mars, avec une remobilisation des électeurs de droite «afin d’éviter un glissement à gauche du gouvernement».

«Electorat de droite orphelin»

Reste que l’une des principales clés de ce second tour est détenue par l’UDC Romain Schaer. Un maintien du député-maire de La Baroche et un second tour à trois réduiraient clairement les chances d’Anne Seydoux-Christ d’accéder au gouvernement. «Pour le moment, notre candidat ne se retire pas», répond d’emblée Thomas Stettler, président de l’UDC jurassien, motivé par l’excellent score de son candidat. «Face à une socialiste et une PDC marquée à gauche, l’électorat de droite s’est senti orphelin et s’est reporté sur Romain Schaer», analyse-t-il. Thomas Stettler nuance néanmoins sa position, assurant que son parti allait mener des discussions à l’interne et avec la population avant de prendre une décision définitive quant au maintien de son candidat au second tour, mettant ainsi sous pression le PDC.

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Car malgré un taux de participation au premier tour (37,8%) plutôt faible, l’enjeu de cette complémentaire est énorme. S’ils devaient perdre leur second siège (la composition actuelle est de 2 PDC, 1 PLR, 1 PS et 1 PCSI), les démocrates-chrétiens ne seraient plus, pour la première fois de l’histoire du canton, le premier parti du gouvernement. Un séisme politique au niveau du canton. Pour rappel, au tournant de l’an 2000, le PDC comptait trois ministres sur cinq. Mais aujourd’hui, fragilisé par des divisions internes qui ont abouti aux récentes démissions de deux anciens ministres, Pierre Kohler (qui a même appelé à voter Rosalie Beuret Siess) et Philippe Receveur, le PDC est sur la défensive. Aux dernières élections fédérales, il a déjà été devancé par le PS.

Elu pour quelques mois

A relever enfin que cette complémentaire se déroule à moins d’une année des élections générales agendées le 18 octobre prochain. La personne élue le 1er mars ne siégera donc que quelques mois au gouvernement et devra repasser devant les urnes cet automne, sans garantie.