Les syndicats neuchâtelois ne reculent pas devant les images fortes pour marquer les esprits. Cette semaine, le Syndicat des magistrats et fonctionnaires a invité ses membres à manifester le 29 novembre en guenilles, comme «un peuple de miséreux à l'assaut du Château». Irrités, les ministres Monika Dusong, Sylvie Perrinjaquet et Thierry Béguin ont fermement condamné hier cette symbolique «inadmissible et de mauvais goût».

Le Conseil d'Etat neuchâtelois n'apprécie guère qu'on le soupçonne de vouloir détruire les acquis des fonctionnaires. Après le vote par le Syndicat des services publics (SSP-RN) d'un préavis de grève pour lundi prochain «afin de dire stop aux sacrifices unilatéraux» (LT du 17.11.2004), Sylvie Perrinjaquet, Monika Dusong et Thierry Béguin ont fait appel «à la sagesse» et «à la solidarité» de la fonction publique alors que «la situation économique difficile frappe de plein fouet de nombreuses familles et entreprises du canton».

Deux mesures d'assainissement prises par le Conseil d'Etat dans le budget 2005 – il sera soumis aux députés les 7 et 8 décembre – suscitent la colère des syndicats: le maintien à 0,1% de la compensation du renchérissement et la hausse d'un demi-point pour l'employé de la cotisation pour la caisse de pension de l'Etat.

Les trois magistrats reconnaissent que ces deux mesures mettent «fortement à contribution» la fonction publique. Mais à leurs yeux, au vu de la situation difficile des finances cantonales, cette baisse de leur pouvoir d'achat constitue «une symétrie des sacrifices». Documents à l'appui, Sylvie Perrinjaquet a rappelé que le Conseil d'Etat avait offert plusieurs avantages au personnel de l'Etat depuis 1996, en particulier dans le domaine de la santé.

Quant au protocole d'accord signé en 2001 avec les syndicats et les associations du personnel, la ministre libérale juge «qu'il est réalisé», même si le dernier des quatre pour cent d'augmentation des traitements a été repoussé de 2004 à 2006 (2% ont déjà été offerts en 2002, 1% en 2003).

Du côté des syndicats, la lecture est fondamentalement différente. Soutenu par le Syndicat autonome des enseignants neuchâtelois (SAEN), le Syndicat des transports publics (SEV) et le Syndicat des magistrats et fonctionnaires (SMF), le SSP-RN montre du doigt «la politique d'esbroufe» du gouvernement. «Le dernier pour cent d'augmentation des traitements qui nous a été promis n'est pas encore acquis, considère Yasmina Produit, membre du syndicat. Le Conseil d'Etat nous a en effet bien fait comprendre qu'il ne pouvait pas prendre position pour le collège qui entrera en fonctions suite aux élections cantonales d'avril prochain…»

Pour Yasmina Produit, l'augmentation de salaire accordée au personnel de la santé en 2002 n'avait rien d'un bonus, comme le laisse entendre Monika Dusong: «C'était seulement un rattrapage du retard accumulé durant les années 90. Vous n'avez qu'à regarder les échelles de salaire: les infirmières neuchâteloises sont les moins bien payées de Suisse romande.»

Le SSP-RN considère que le passage à 40 heures hebdomadaires pour les employés de l'administration cantonale (dès 2004) et l'octroi de deux jours de vacances supplémentaires (en 2005) font partie de la même stratégie. «Le gouvernement fait croire que c'est un acquis, reprend Yasmina Produit. Mais comme il n'y a aucun engagement en parallèle, ces mesures vont entraîner une accumulation des heures supplémentaires.»

Dans ce bras de fer qui s'ouvre, Yasmina Produit ne cache pas une certaine inquiétude. La faible mobilisation lors de la manifestation du 16 novembre laisse en effet penser que les employés de la fonction publique se sentent peu concernés par les revendications des syndicats. «On tirera le bilan le 29 au soir. Si la grève est peu suivie, on sera obligé de se repositionner.»