Quand on n'est pas bon, on cherche à s'améliorer. Après avoir commis plusieurs maladresses dans sa communication, le Conseil d'Etat neuchâtelois a décidé de s'attacher les services d'une agence spécialisée. La démarche, révélée par Le Matin dimanche, doit permettre au collège de gérer avec plus de sérénité les dossiers brûlants qui l'accompagneront jusqu'à la fin de la législature, dans dix-huit mois.

Autocritique et Abbaye

L'idée est née à la fin de l'été après une retraite à l'Abbaye de Bevaix, havre de paix où le Conseil d'Etat se rend parfois pour se ressourcer. «Nous nous sommes interrogés sur notre façon de communiquer concernant les grandes réformes que nous avons initiées, indique le président du gouvernement, Fernand Cuche. Après analyse, nous nous sommes rendus compte que notre message n'a pas toujours été bien compris par la population.»

La remarque vise en particulier la conférence de presse du 24 janvier dernier. Ce jour-là, les cinq ministres s'étaient exprimés successivement sur l'avenir d'Hôpital neuchâtelois, de la Haute Ecole Arc et du TransRun, la future liaison ferroviaire rapide entre le Haut et le Bas du canton. Cerise sur le gâteau, ils avaient saisi l'occasion pour annoncer le projet d'intégration de l'Institut de microtechnique de l'Université par l'EPFL. De quoi brouiller définitivement un message déjà difficilement intelligible.

Fort de ce constat, le Conseil d'Etat s'est approché du groupe BeMore, spécialisé dans les technologies de l'information, le marketing et la communication. Il l'a mandaté pour l'accompagner jusqu'au terme de la législature. Coût de l'opération: 100000 francs. «C'est un montant relativement modeste, estime Fernand Cuche. C'est moins cher que d'engager du personnel à l'interne. En la matière, nos moyens sont très limités. Nous disposons d'une chargée de communication. C'est très peu par rapport à des cantons comme Vaud ou Genève.»

«Une problématique sensible»

Attendue début 2008, la décision sur la localisation de l'unité «mère-enfant» sur un site unique à Neuchâtel ou à La Chaux-de-Fonds (lire ci-dessous) sera le premier gros dossier que devra traiter BeMore. «C'est une problématique très sensible, que ce soit sur le plan régional ou émotionnel, reprend le ministre écologiste. Il n'est jamais facile de dire qu'on ferme ici et qu'on ouvre là. Nous souhaitons être conseillés pour que la population comprenne quels sont les avantages qu'elle a à tirer de la réforme. Mais que ce soit clair: la démarche interviendra après la prise de position du Conseil d'Etat. C'est une décision politique que nous porterons.»

BeMore devra marcher sur du velours pour rendre la décision aussi compréhensible que possible. Car quel que soit le choix du gouvernement, les réactions seront très fortes. «L'objectif est de faire passer un message d'intérêt général, précise François Vassard, directeur du marketing et de la communication du groupe. Nous prenons notamment garde au ton à adopter, aux images à utiliser. C'est quelque chose que nous faisons souvent pour des entreprises. C'est plus rare pour des collectivités publiques, en tout cas en Suisse. La pratique est plus répandue en France.»

L'autocritique gouvernementale sera-t-elle salutaire? Les Neuchâtelois donneront un élément de réponse en renouvelant ou non leur confiance à la majorité de gauche au printemps 2009. Jusque-là, les cinq ministres devront convaincre en accompagnant des dossiers chauds comme la localisation de la filière ingénierie de la HE-Arc ou la promotion du TransRun. «Les experts peuvent nous donner des pistes pour que le projet gagne en notoriété, souligne Fernand Cuche. Il y a un espace informel et relationnel à conquérir.»

«Mieux avec moins»

Toujours dans la volonté d'être bien compris, le Conseil d'Etat reconduira en 2008 les rencontres citoyennes qu'il avait organisées au printemps 2006. Avec un message inchangé: qu'il s'agisse d'hôpitaux ou de lieux de formation, le canton doit apprendre «à faire mieux avec moins». Un slogan efficace mais peu porteur au sein de l'électorat de gauche.