Regard

Le Conseil d’Etat s’enlise dans les «affaires»

Jeudi matin, une commune a, pour la troisième fois en une année, convoqué la presse pour se faire entendre du Conseil d’Etat valaisan. Sourd à ses divers courriers, répondant par des déclarations laconiques ou transférant simplement les questions posées à un autre organe, le gouvernement pousse la commune de Leytron à bout. Il se révèle incapable, d’une part de communiquer de manière convaincante aux yeux de la commune, d’autre part de contenir le ministre Oskar Freysinger, qui semble n’en faire qu’à sa tête.

Le président de Leytron, Patrice Martinet, avait dénoncé en janvier divers manquements dans le dossier fiscal de Jean-Marie Cleusix, chef de service au sein du département d’Oskar Freysinger, déclenchant deux enquêtes de commissions parlementaires. Leurs rapports ont donné entièrement raison à la commune.

Au début de l’année, ce déballage public avait permis de recréer un dialogue entre l’Etat et Leytron au cours de deux rencontres. Mais le contact avec Oskar Freysinger s’était révélé si mauvais, selon Patrice Martinet, que la seconde réunion s’est déroulée sans lui. Au cours de cette dernière, les ministres Maurice Tornay et Jean-Michel Cina et le président de Leytron ont convenu de ne plus évoquer le dossier publiquement.

Quelques semaines plus tard, Oskar Freysinger passe outre. «Non content de rompre l’accord entre nos deux collectivités publiques, il a proféré des mensonges de manière tout à fait consciente dans [une] interview télévisée qui nuisent à notre municipalité», s’énerve Patrice Martinet dans un courrier adressé au gouvernement en mai. Les reproches de la commune sont étayés, mais le gouvernement lui répond laconiquement: «Nous vous invitons à prendre note que le Conseil d’Etat n’a jamais communiqué sur le dossier cité en titre.» Les deux collectivités publiques ne se téléphonent pas. Ne se rencontrent pas.

La commune se fend d’un second courrier. Elle demande à l’Etat du Valais s’il a mandaté l’espionnage de sa première conférence de presse, réalisé par une stagiaire du département d’Oskar Freysinger. Le Conseil d’Etat transmet à l’une des commissions parlementaires chargées d’enquêter, laquelle renvoie au Conseil d’Etat, estimant qu’il est apte à répondre à la question. Depuis, c’est le silence entre les deux collectivités. Ce n’est que contraint par la pression médiatique que le gouvernement dément, jeudi après-midi, toute implication dans cette affaire d’enregistrement. Il déplore l’attitude de la commune, rappelant leur accord du printemps dernier qui prévoyait une rencontre après le traitement des rapports des commissions par le Grand Conseil prévu en novembre. Estimant qu’il faut du temps pour mener les enquêtes jusqu’au bout et que le climat s’était détendu avec la commune, le gouvernement a décidé de s’en tenir à sa ligne: attendre les rapports des commissions, réunir les éléments avant de décider s’il convient d’ouvrir une enquête disciplinaire à l’encontre du chef de service. Ce dernier fait désormais l’objet d’une plainte pénale pour faux et usage de faux, déposée par la commune de Leytron.

Le Conseil d’Etat s’entête à préserver la sacro-sainte collégialité, coûte que coûte, alors même que le ministre à catogan n’a pas peur de l’enfreindre.

Ce énième déballage public aurait dû être évité. Cela aurait peut-être coûté le prix d’un coup de fil au furieux président de Leytron. Et aurait évité de donner, encore, l’image d’un gouvernement sans courage politique.