La partie de Monopoly se poursuit. Le Conseil des Etats a opté mardi pour une variante inédite concernant le raccordement au réseau européen à grande vitesse. Elle s'élève à 1,09 milliard. C'est 200 millions de moins que ce qu'avait décidé le Conseil national en décembre, mais 100 de plus que la solution de compromis défendue par les dix-huit cantons les plus concernés et, surtout, 400 de plus que la proposition présentée par le Conseil fédéral. Ce ping-pong financier n'est cependant pas terminé, puisque le Conseil national devra se prononcer une nouvelle fois mardi prochain.

Lorsque le peuple suisse a approuvé la création d'un fonds d'investissement pour les transports publics (FTP) en 1998, 1,3 milliard (sur un total de 31, dont plus de la moitié pour les Nouvelles lignes ferroviaires alpines) était prévu pour raccorder la Suisse occidentale et la Suisse orientale au réseau TGV français et allemand. Pour des raisons financières, le Conseil fédéral a proposé de ne libérer que la moitié de cette somme, renvoyant le reste à plus tard. Cette solution assure le financement des tronçons Genève-Bourg-en-Bresse (ligne des Carpates), Saint-Gall-Sankt-Margrethen, Bülach-Schaffhouse, Lindau-Geltendorf (en direction de Munich), Belfort-Dijon (TGV Rhin-Rhône) et Vallorbe/Pontarlier-Dijon.

Dans la version du gouvernement, l'aménagement des lignes Bâle-EuroAirport, Berne-Neuchâtel-Pontarlier, Bienne-Delémont-Belfort, Lausanne-Vallorbe, Zurich-Winterthour, Sargans-Sankt Margrethen, Saint-Gall-Constance et Genève-Lyon aurait dû être repoussé à plus tard. Le sort de ces liaisons n'aurait pas été scellé avant 2007. Cette solution au rabais a fortement déplu aux cantons concernés. Dix-huit, soit tous les Romands, toute la Suisse orientale ainsi que ceux du nord-ouest (Bâle, Argovie, Soleure), se sont ligués pour formuler une contre-proposition dont la facture s'élève à 990 millions. Cette solution repêche la quasi-totalité des projets, à l'exception de Zurich-Winterthour et de l'amélioration du nœud de Genève, y compris la nouvelle ligne Genève-Lyon.

La commission n'a pas été suivie

En décembre, le Conseil national a opté pour la variante maximale à 1,3 milliard, mais par une seule petite voix d'écart. Mardi, le Conseil des Etats est revenu à des dimensions plus raisonnables. Il a fait sienne la variante des dix-huit cantons (990 millions), mais l'a enrichie de 100 millions afin d'améliorer le tracé ferroviaire entre Zurich, l'aéroport et Winterthour, où passent, insiste l'UDC thurgovien Hermann Bürgi, «82 000 passagers par jour». Contre la volonté de sa Commission des transports, qui aurait préféré suivre le Conseil fédéral pour ne pas solliciter trop fortement le FTP ni prendre le risque de creuser un nouvel endettement, le Conseil des Etats a donné suite à la proposition d'Hermann Bürgi par 17 voix contre 13. Il a par ailleurs accepté d'augmenter les avances de la Confédération au FTP. Ces avances sont en principe remboursables, mais les sénateurs ne sont pas convaincus que cela sera possible un jour.