Médias

Le Conseil des Etats joue la montre sur l’avenir de la SSR

Vivement débattue, l’initiative parlementaire qui voulait inscrire dans la loi les sites de production radio et télévision du service public n’a finalement pas été votée. Les élus demeurent profondément divisés

Le «cri d’alarme» voulu par le front berno-genevois n’aura pas été tout à fait étouffé. Mardi, après un débat animé, le Conseil des Etats a finalement remis à plus tard son vote sur l’initiative parlementaire demandant que la SSR produise la majeure partie de ses offres audiovisuelles à Genève et Berne et l’équivalent radio à Lausanne et Zurich. L’auteur de l’initiative, le PDC fribourgeois Beat Vonlanthen, ayant préféré en «reparler à tête reposée», se voyant minorisé. Cinq textes similaires seront traités prochainement au Conseil national.

Fermement engagé contre le déménagement de la radio alémanique de Berne à Zurich, Beat Vonlanthen a longuement plaidé pour la «diversité» face à une «logique de concentration» aux côtés du socialiste bernois Hans Stöckli et du PDC valaisan Beat Rieder. Au nom de «l’Idée suisse» que se doit de défendre le service public, ciment fédérateur de la cohésion nationale.

«Esprit confédéral»

«Il ne s’agit pas d’une guerre d’ego, affirme l’écologiste genevois Robert Cramer, soulignant le destin des 300 employés potentiellement déplacés de Genève à Lausanne. La diversification des lieux de production fait sens. Pensez à l’esprit confédéral!» «Au-delà des intérêts syndicaux, la concentration annoncée appauvrirait le paysage médiatique alémanique», déplore le socialiste fribourgeois Christian Levrat, plaidant lui aussi pour un retrait du texte pour laisser le temps à la SSR de trouver des alternatives.

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En face, la résistance est grande. «Cette initiative bloque le futur de la SSR, déplore le PDC lucernois Konrad Graber. On parle d’ancrage territorial diversifié, mais au-delà de Genève, Zurich, Berne et Lausanne, la Suisse n’existe-t-elle donc pas?» Le socialiste bâlois Claude Janiak souligne quant à lui l’importance, pour la SSR, d’aborder le «défi de la numérisation en créant des pôles de compétences plurimédias».

«Défi de la numérisation»

«La SSR n’a pas le choix, elle doit économiser sans toucher à l’offre, estime le PLR vaudois Olivier Français. Le politique n’a pas à faire de l’ingérence dans la stratégie de la SSR, d’autant qu’elle est guidée par des modifications structurelles.» Sa collègue socialiste Géraldine Savary dénonce quant à elle une «initiative contre-productive» digne d’un «amoureux déçu par sa fiancée», en référence au fort soutien romand accordé à l’initiative «No Billag» et au sentiment de trahison exprimé par le camp berno-genevois.

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