Service public

Le Conseil des Etats plébiscite la SSR

Le sénat a approuvé le rapport du Conseil fédéral sur la SSR. Au Conseil national, le débat s’annonce en revanche sanglant

Attendu depuis plusieurs années, le débat sur l’avenir de la SSR et de sa mission de service public a enfin débuté au parlement. Mais il n’a de loin pas encore atteint sa pleine intensité à propos du rapport qu’a publié en juin dernier le Conseil fédéral, qui souhaite maintenir l’actuel système de financement dual de la SSR, basé sur les recettes de la redevance et de la publicité. Dans le climat feutré de la «chambre de réflexion» qu’est le Conseil des Etats, les détracteurs de la SSR n’ont eu aucune chance de s’imposer. Le sénat a repoussé une proposition de l’UDC de renvoyer le rapport au gouvernement, cela à une large majorité de 37 voix contre 5.

Deux propositions

Le week-end dernier, deux poids lourds des éditeurs privés ont pourtant lancé des propositions de réformes qui ont au moins le mérite de provoquer un véritable débat. Ils ne remettent en question le service public, mais ne cachent pas leur volonté de lui rogner les ailes. D’une part, le nouveau président des éditeurs «Schweizer Medien» et grand patron du groupe Tamedia Pietro Supino suggère «de nouvelles règles pour un service public moderne», qui passent par une restructuration de la SSR en restreignant, voire en supprimant ses ressources publicitaires (350 millions par an). Il attend d’elle qu’elle devienne un prestataire «open source», mettant ses productions à disposition des privés à des fins de rediffusion. «Il n’y aurait que des gagnants, sans que la SSR et les privés ne soient liés par des accords de coopération contraires à un paysage médiatique ouvert et libre», conclut Pietro Supino.

Autre acteur à être monté au front: Peter Wanner, patron du groupe argovien «AZ Medien», s’est montré particulièrement innovateur en créant le dominical «Schweiz am Sonntag» et le portail gratuit «Watson», deux produits qui tardent pourtant à atteindre leur seuil de rentabilité. «La SSR est devenue beaucoup trop grande», accuse-t-il en la comparant à l’Eglise catholique «tant elle se refuse à toute réforme». Peter Wanner veut prescrire une cure encore plus draconienne à la SSR: «Le sport et le divertissement ne font pas partie du mandat de service public», tranche-t-il. Selon lui, la SSR ne doit pas faire ce que les privés peuvent offrir.

Haine en Suisse alémanique

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Conseil des Etats s’est montré peu réceptif à leurs propositions, qui n’ont pas été mentionnées une seule fois durant un débat qui a duré deux heures. A la chambre haute, la SSR évolue comme à domicile. Seuls deux sénateurs UDC, Hannes Germann (SH) et Werner Hösly (GL) ont tenté un assaut contre cette forteresse imprenable. Ils ont réclamé une définition concrète des prestations incombant à la SSR et prôné le renvoi du rapport.

En vain. La ministre des télécommunications Doris Leuthard n’a eu aucune peine à convaincre au cours d’un plaidoyer en faveur d’un service public fort, surtout dans le contexte d’une démocratie directe exigeante pour les citoyens. «Une SSR indépendante est le garant d’un citoyen bien informé et respectueux des institutions», a-t-elle souligné. «Nous ne voulons pas en Suisse d’une berlusconisation de la télévision», a ajouté l’influent sénateur lucernois Konrad Graber (PDC/LU).

Le débat a donc vite été plié. Il n’en ira pas de même au Conseil national, dont la commission ad hoc (CTT) a déjà renvoyé ce même rapport au Conseil fédéral en lui demandant de le compléter. Dans les coulisses, une agence de lobbying zurichoise, disposant d’un mandat du groupe Tamedia, n’a pas hésité à proposer à certains élus trois dates de rencontre lors de la dernière session d’été. «Je n’avais jamais vécu un lobbying si intense», avoue Yannick Buttet (PDC/VS), qui ajoute: «Au Conseil national, le débat sera sanglant. En Suisse alémanique, certains élus vouent à la SSR une véritable haine.»

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