Par 28 voix contre 16, le Conseil des Etats a sauvé la peau du Cassis de Dijon et infligé une douloureuse défaite au lobby paysan.

Le Cassis de Dijon est critiqué depuis son introduction en Suisse. Selon ce principe, des denrées alimentaires européennes peuvent être importées même si elles ne correspondent pas aux normes helvétiques. A l’époque, c’est Doris Leuthard qui y tenait. Elle était certaine d’avoir trouvé la recette pour faire baisser les prix. Rien de tout ça, selon un rapport du Secrétariat d’Etat à l’économie qui admet que l’effet est quasi nul sur le panier de la ménagère. Le Cassis de Dijon a surtout permis l’importation de produits de mauvaise qualité: jambon gorgé d’eau salé, cidre à l’eau sucré et sirops aux fruits sans fruits.

Directeur de l’Union suisse des paysans, le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR) y voit une concurrence déloyale pour la production suisse. Il est l’auteur de l’initiative demandant de mettre fin à l’expérience. Il a réussi à convaincre le Conseil national au mois de mai. Mais les sénateurs ont eu la dent plus dure. En pleine crise liée au franc fort, alors que le tourisme d’achats devient un sport national, une majorité a décidé de maintenir le Cassis de Dijon. Pour Roberto Zanetti (PS/SO), l’initiative constitue «un mauvais signal au mauvais moment». Felix Gutzwiller (PLR/ZH) s’en est pris au lobby paysan. «On ne peut pas exaucer tous les vœux des agriculteurs», a-t-il lancé. Pour Urs Schwaller (PDC/FR), «le Cassis de Dijon n’a peut-être rien apporté. Mais il n’a pas mis non plus la santé des Suisses en danger. Aux consommateurs de choisir la qualité des produits qu’ils veulent acheter».