Berne abolit le statut de danseur de cabaret

Nuit La décision suscite la controverse

C’est la fin d’une exception suisse: le statut d’artiste de cabaret. Ce type de contrat permet aux tenanciers de dancings d’engager des strip-teaseuses non qualifiées en provenance d’Etats hors de l’Union européenne (UE), autorisées à exercer en Suisse durant huit mois par an. Il sera aboli dès le 1er janvier 2016, a annoncé mercredi le Conseil fédéral, en dépit des protestations des syndicats et des organisations de défense des femmes.

«Ce statut a été créé en 1995 dans le but de protéger les danseuses de l’exploitation, mais il ne remplit pas son objectif. Pour venir en Suisse, les ressortissantes d’un pays hors de l’UE doivent être soit très qualifiées, soit prêtes à se déshabiller», a souligné la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. Entre 2007 et 2009, des enquêtes révélaient des abus dans de nombreux dancings: usure, incitation à la prostitution ou escroquerie.

Le statut de danseur de cabaret était déjà en voie de disparition: 11 cantons l’ont supprimé, notamment Vaud, le Valais, le Jura et Fribourg. Le nombre de danseuses enregistrées en Suisse n’a cessé de diminuer: de 5686 en 2005, elles n’étaient plus que 840 en 2013, la majorité en provenance d’Ukraine ou de Russie. Un groupe d’experts mis sur pied par le Département fédéral de justice et police (DFJP) préconisait, dans un rapport publié en mars 2014, sa suppression parmi 25 autres mesures pour améliorer la situation des personnes actives dans l’industrie du sexe. Le PDC, le PS, le Parti évangélique suisse, l’Union patronale ainsi que 22 cantons se sont prononcés en faveur de son abolition. Pour ses détracteurs, le contrat d’artiste de cabaret représente une porte d’entrée vers la prostitution et expose les femmes à la traite humaine.

«Le risque d’abus augmente»

Selon Michel Félix de Vidas, de l’association de défense des travailleurs du sexe Aspasie à Genève, «ces contrats offrent au contraire une véritable opportunité économique aux femmes venues d’Etats tiers, en plus d’une base légale pour travailler. Elles continueront sûrement à tenter leur chance en Suisse, mais dans la clandestinité.» «Aussi longtemps que ce statut existe, la police doit effectuer des contrôles dans les cabarets, renchérit Christina Werder, secrétaire centrale de l’USS. Si ces lieux ne sont plus surveillés, le risque d’abus augmente.» «Cette décision poussera de nombreux cabarets sérieux à fermer et favorisera le travail au noir», estime de son côté Maurus Ebneter, de l’Association suisse des cafés-concerts, cabarets, dancings et discothèques (ASCO).

«La disparition de ce statut ne résout pas tout», concède Simonetta Sommaruga, qui annonce une nouvelle ordonnance sur des mesures de prévention des infractions dans le milieu de la prostitution. Le gouvernement compte en outre modifier la loi sur les étrangers, afin que victimes de viol ou de lésions corporelles dans le cadre de leur activité lucrative puissent obtenir une aide au retour ou un titre de séjour, en cas de condamnation.