Le Conseil fédéral durcit les mesures dans sa lutte contre la pandémie de coronavirus, mais reste fidèle à sa ligne de la «voie suisse», faite de restrictions sans recourir à un confinement. Il a décidé, dès le mardi 22 décembre et cela pour un mois, de fermer les restaurants, les établissements culturels et sportifs, ainsi que les lieux de loisirs. Magnanime, il continue à autoriser l’exception pour les cantons – tous les romands sauf le Jura – dont le taux de reproduction est inférieur à 1. Mais ce n’est là probablement qu’un sursis dans la mesure où ce taux est en hausse en Suisse romande et qu’il sera abaissé à 0,9 le 5 janvier prochain.

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«La situation est critique», ont déclaré en chœur la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga et le ministre de la Santé Alain Berset. «L’évolution de la courbe de la pandémie ne correspond pas à nos attentes», a ajouté ce dernier. Le taux de reproduction, soit le nombre de personnes que contamine un malade, oscille actuellement entre 1,1 et 1,2, avec à la clé une menace de hausse exponentielle des infections.

La task force désavouée

Ces derniers jours, les appels à un renforcement des mesures s’étaient multipliés. Le président de la task force scientifique Martin Ackermann avait même tenu des propos très fermes. Il avait recommandé le retour à un confinement très semblable à celui décrété le 16 mars dernier lors de la première vague: fermeture des restaurants, mais aussi des magasins à denrées non essentielles, incitation au home office pour toutes les entreprises pouvant y recourir. Seules les écoles seraient restées ouvertes.

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Le Conseil fédéral a donc désavoué en bonne partie son aréopage de scientifiques. «C’est la politique qui décide, et non les experts», a clairement tranché Alain Berset. Le Conseil fédéral n’a aucune envie de revenir à l’état de «situation extraordinaire» du printemps dernier. Dans l’actuelle «situation particulière», il peut tout à fait reprendre la main, mais à la condition de consulter les cantons, ce qu’il a fait lors une procédure ultra-rapide.

L'évolution de la courbe de la pandémie ne correspond pas à nos attentes

Alain Berset

En fait, le Conseil fédéral s’est basé sur les expériences faites par les cantons romands ces deux derniers mois. En fermant leurs restaurants, ceux-ci ont réussi à infléchir la courbe des infections, mais ils les ont rouverts trop vite, a déploré le ministre de la Santé. Le Conseil fédéral applique donc la recette romande à toute la Suisse, en accordant le sursis aux bons élèves. Ce faisant, il a satisfait la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de la santé (CDS). «Lorsque les chiffres sont nettement trop élevés dans l’ensemble du pays, il est crucial que les mesures soient uniformes, claires et efficaces», a relevé la CDS, qui révèle que la plupart des cantons ont soutenu le durcissement des mesures.

L’absence d’Ueli Maurer

Une fois n’est pas coutume en cette deuxième vague, le Conseil fédéral récolte ce vendredi davantage d’applaudissements que de critiques. L’association faîtière Economiesuisse considère ces décisions comme «inévitables» et appelle le gouvernement à mettre en œuvre rapidement la stratégie de vaccination. Même l’USAM, qui craignait la fermeture des magasins à denrées non essentielles, salue le compromis trouvé.

Il n’y a guère que la gauche qui déplore l’absence de mesures financières de soutien aux premières victimes de la situation – les restaurateurs et les artistes notamment –, frappées de fait d’une interdiction professionnelle. Certes, le Conseil fédéral a prolongé jusqu’en mars 2021 la procédure sommaire pour l’indemnité en cas de réduction de l’horaire de travail (RHT). Mais il n’a visiblement pas réussi à se mettre d’accord sur de nouveaux instruments d’aide.

Le ministre des Finances Ueli Maurer, annoncé dans un premier temps à la conférence de presse, y a brillé par son absence. Il a été chargé par ses collègues de ficeler un nouveau paquet d’aides. Le PSS estime qu’il faut «s’éloigner de la logique des cas de rigueur pour développer un autre système». L’Union syndicale suisse (USS) abonde dans ce sens et exige de «mettre davantage de moyens et d’outils à disposition, en prolongeant les indemnités journalières et les délais-cadres pour les personnes au chômage».

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Et maintenant? Le Conseil fédéral annonce qu’il se réunira le 30 décembre pour réexaminer la situation, mais ne prévoit pas de nouvelles mesures avant janvier. Il suivra tout particulièrement ce qui se passe dans les stations de ski, qui peuvent rester ouvertes sous la responsabilité des cantons. Prudent, Alain Berset montre l’exemple: il a renoncé à ses habituelles vacances de ski à Saint-Luc en Valais!