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Conseil fédéral: en attendant Viola Amherd

Le PDC retient son souffle avant la décision de la Haut-Valaisanne de briguer ou non le Conseil fédéral, tant les candidatures connues jusqu’ici sont peu prises au sérieux

La situation devient de plus en plus crispante pour le PDC. Après l’avalanche de désistements dans la course à la succession de Doris Leuthard au Conseil fédéral, la tête du parti attend impatiemment la décision de Viola Amherd, la vice-présidente du groupe. Or celle-ci est toujours hospitalisée à Brigue après une opération pour un calcul rénal subie jeudi dernier. Elle n’a désormais plus qu’un jour pour annoncer sa candidature.

Au PDC, personne ne s’attendait à ce que la populaire et charismatique Doris Leuthard laisse un vide aussi vertigineux. Pour l’instant, les trois candidats en lice – la conseillère d’Etat Heidi Z’graggen (UR) et les deux conseillers nationaux Elisabeth Schneider-Schneiter (BL) et Peter Hegglin (ZG) – sont si peu pris au sérieux qu’ils suscitent de multiples plans B. Mais Viola Amherd peut encore sauver la mise au parti.

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Une décision mûrie à l’hôpital

Affaiblie par une querelle juridique, puis rattrapée par un pépin de santé, la Haut-Valaisanne doit pourtant mûrir sa décision sur son lit d’hôpital, une situation exceptionnelle empêchant toute conférence de presse d’ici au 25 octobre, délai fixé par le parti pour les candidatures. Dans un premier temps, elle a pu quitter l’hôpital après son opération, mais a dû le regagner le week-end dernier à la suite d’une complication.

«Viola Amherd est la seule qui puisse éviter les conspirations de toutes sortes», confie un élu PDC. Sous la Coupole, les avis – sauf à l’UDC – convergent. Sa candidature ferait d’elle la grande favorite à l’élection du 5 décembre prochain.

Qu’elle se soit imposée dans un milieu très masculin à Brigue en dit beaucoup sur ses facultés de femme d’exécutif

Matthias Aebischer (PS/BE)

Sûr que la Haut-Valaisanne n’a pas le charisme de l’Argovienne démissionnaire. Mais tout le monde lui reconnaît des qualités bien suisses: le travail, la droiture et la modestie. Commencée voici un quart de siècle, sa carrière politique n’est pas de tout repos à Brigue-Glis, où son propre parti ne voit pas d’un bon œil qu’elle s’engage pour la solution des délais dans la question de l’avortement, puis plus récemment pour le mariage pour tous.

A peine nommée à l’exécutif, elle est confrontée aux inondations de la Saltina qui, un jour de septembre 1993, laisse des tonnes de gravats au centre-ville. «Qu’elle se soit imposée dans un milieu très masculin à Brigue en dit beaucoup sur ses facultés de femme d’exécutif», admire Matthias Aebischer (PS/BE), qui la côtoie à Berne dans les deux commissions juridique et des transports.

L’avocate des régions de montagne

Elue présidente de Brigue en 2000, Viola Amherd recherche d’emblée l’efficacité. Elle réduit le gouvernement de 11 à 7 membres et se bat pour la venue, puis l’agrandissement du centre de contact des CFF, qui y compte désormais 280 collaborateurs. «Elle dégage une certaine force tranquille», relève le journaliste Viktor Parma, auteur d’un très long portrait d’elle sur le site d’information Republik.

Arrivée en 2005 au Conseil national où elle succède à Jean-Michel Cina, elle y creuse patiemment son trou. En réseautant discrètement, loin des projecteurs des médias, elle s’y forge une réputation de politicienne «fiable, qui fait toujours ce qu’elle dit». Infatigable avocate des régions périphériques et de montagne, elle ne cesse de rappeler aux entreprises de service public – que ce soit Swisscom, La Poste ou la SSR – qu’elles doivent fournir la même offre de qualité qu’en plaine. Peu à peu, elle gagne en influence, apparaissant même à la 6e place des 246 élus des Chambres en 2013 lorsqu’elle préside la commission des transports.

Son profil de centriste humaniste lui vaut même 16 voix en 2015 lors de l’élection d’un deuxième UDC au Conseil fédéral de la part des Verts, qui boycottent les trois candidats officiels. C’est dire que si elle est candidate, elle ne doit pas compter sur la droite dure. «C’est une femme de gauche», résume Franz Ruppen (UDC/VS), surpris qu’une femme du PDC puisse militer en faveur de quotas féminins.

Personnalité atypique

Assurément, Viola Amherd est une politicienne atypique. Elle détonne dans une Suisse polarisée où le PDC – parti charnière des compromis – est menacé de tomber en dessous des 10% de parts de suffrages l’an prochain. Même lorsqu’elle participe à l’émission politique phare de la TV alémanique Arena, elle renonce à tout slogan tapageur. Et lorsqu’elle est victime d’attaques personnelles, elle esquisse un sourire de Joconde avant de rétorquer sur le fond, avec un «argumentaire toujours bien charpenté», selon la formule de Philippe Bauer (PLR/NE).

En attendant Viola Amherd… On ne peut s’empêcher de penser à la pièce de Samuel Beckett, dans laquelle deux vagabonds désespèrent de voir apparaître un Godot salvateur qui ne viendra d’ailleurs jamais. «Ce serait le scénario catastrophe», avoue un élu PDC qui préfère ne pas être cité.

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