La pandémie de coronavirus n’a plus cours en Suisse. Administrativement parlant tout du moins. Deux ans après avoir pris des mesures exceptionnelles qui auront profondément marqué la société helvétique, le Conseil fédéral a décrété la fin de la situation particulière, cette disposition qui donne à la Confédération des prérogatives pour diriger le pays «par-dessus» les cantons. La phase aiguë de la pandémie est terminée, estime le gouvernement.

Cette parenthèse ouverte en juin 2020 a été refermée mercredi lors d’une conférence de presse, durant laquelle Alain Berset, ministre de la Santé, a annoncé que plus aucune des mesures de protection encore en vigueur ne serait en place au-delà du jeudi 31 mars à minuit. Dès le 1er avril, fini le port du masque dans les transports publics et dans les lieux médicaux, et l’isolement de cinq jours pour les personnes positives. L’ordre constitutionnel sera de retour et la situation normale prévaudra. Le virus, lui, continue de se propager, ici comme ailleurs dans le monde.

Surcharge hospitalière invraisemblable

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«Nous en sommes là où nous pensions être», a justifié Alain Berset devant les médias à Berne. Les infections reculent dans toutes les catégories d’âge, la situation aux soins intensifs est stable, une surcharge des capacités hospitalières apparaît invraisemblable, a souligné le conseiller fédéral, qui insiste cependant: la crise n’est pas totalement derrière nous et le port du masque reste recommandé pour les personnes atteintes de symptômes, lesquelles sont invitées à ne pas se rendre à leur travail. Berne, Genève et le Valais notamment conservent d’ailleurs le port du masque dans les lieux de soin.

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Les coûts des tests pour les personnes symptomatiques restent à la charge de la Confédération, qui ne couvrira cependant plus ceux dans les écoles ou les camps. La gestion des certificats, les achats de médicaments et de vaccins restent de la compétence de Berne, de même que le contrôle des voyageurs entrant en Suisse. L’application SwissCovid sera désactivée. Le certificat covid sera maintenu, conformément aux prescriptions européennes pour voyager. Les informations chiffrées sur l’évolution du virus seront désormais hebdomadaires et non plus quotidiennes.

Les clés aux cantons

Après 868 jours de situation particulière, le Conseil fédéral remet aux cantons les clés de la gestion de la suite de la pandémie. Chacun est donc libre de gérer comme il l’entend la protection de sa population. Si la situation sanitaire le demande, ils pourront réintroduire le port du masque, la suspension des cours dans les écoles, les interdictions de manifester ou de fréquenter les lieux clos. La décision satisfait Pierre Alain Schnegg, ministre de la Santé fraîchement réélu dans le canton de Berne. «La situation ne nécessite plus le degré d’intervention que nous avons connu ces derniers mois. Il ne faut pas exagérer l’impact du virus et du variant actuel», résume le magistrat.

Il y a deux ans, la Confédération avait pris la main alors que les cantons avaient éprouvé beaucoup de difficultés à se coordonner. Sont-ils prêts aujourd’hui? «Je pense que oui, affirme l’élu UDC. La réponse cantonale est la plus indiquée car la situation est différente. Nous avons tous beaucoup appris. Et il faut rappeler que les cantons ont été capables de trouver des solutions à des problèmes aigus comme le manque de masques. La question est désormais non pas de trouver un coupable, mais de savoir comment réagir rapidement aux nouvelles situations que se présenteront.»

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Les structures permettant de s’adapter à un retournement de situation doivent être maintenues par les cantons: dépistage, vaccination, traçage des contacts, surveillance et obligation de déclaration des hôpitaux. «La pandémie nous a appris à rester humbles, rappelle Mathias Reynard, ministre valaisan de la Santé. Nous avons tenu le coup, grâce notamment à une forte adhésion de la population. Mais cela a été dur pour les équipes chargées de la gestion de crise. Nous travaillons donc sur des scénarii pour cet automne. Nous avons besoin d’augmenter nos capacités de soins intensifs. C’est un équilibre à trouver entre bonne gestion des deniers publics et réserves pour réagir rapidement.»

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Vendredi, il sera donc possible de monter dans un bus sans porter de masque. De quoi faire regagner des clients aux différents transports publics cantonaux. A Genève, les 400 véhicules seront progressivement dépouillés des indications liées à la crise sanitaire. La fréquentation est désormais à 85% de celle pré-pandémie. Denis Berdoz, directeur des TPG, ne s’attend pas à regagner rapidement les pourcentages manquants. «Le télétravail s’est installé, notamment chez les frontaliers», explique-t-il.

Quant au trafic de loisir, il se porte bien, soutenu par la disparition des masques dans des lieux comme les cinémas: samedi dernier, il atteignait 97% de la fréquentation «normale». Une campagne publicitaire est en cours, qui met en scène des passagers masqués. «Nous avions anticipé la fin de cette mesure, et les prises de vue ont été doublées, si bien que la campagne va bientôt présenter des passagers sans masque», glisse le directeur. Autre mesure prévue pour regagner des clients: la prolongation d’un rabais de 100 francs sur la vente des abonnements annuels.