Au terme de la première journée d’auditions par les partis politiques, en l’occurrence par l’UDC, les Verts et les Vert’libéraux, deux candidates ont une longueur d’avance sur les autres: Karin Keller-Sutter et Heidi Z’graggen. La seule formation à avoir communiqué mardi déjà sa recommandation de vote est l’UDC: «Après deux heures d’entretien, nous nous sommes prononcés sur la base de deux valeurs primordiales pour notre parti», a expliqué Thomas Aeschi, le chef du groupe parlementaire: «Le respect de la concordance et le choix d’un candidat officiellement présenté par son parti.»

Pour le PLR, Karin-Keller Sutter l’emporte avec 38 voix devant Hans Wicki, qui n’en obtient que 16. Un bulletin est resté blanc. Pour le PDC, Heidi Z’graggen a été plébiscitée avec également 38 voix, Viola Amherd n’en a reçu que 10, et 7 bulletins sont restés blancs. Karin Keller-Sutter a toujours eu une ligne claire, notamment sur l’immigration, ont salué les conservateurs. «De manière générale, les deux politiciennes plébiscitées par nos membres sont des miliciennes, disposent d’une longue expérience et devraient ancrer le Conseil fédéral à droite. Cela nous a convaincus», a indiqué Thomas Aeschi. La vice-présidente du parti Céline Amaudruz précise que les députés qui étaient absents au moment du vote – le groupe compte 74 membres – devraient voter en majorité pour Karin Keller-Sutter et Heidi Z’graggen.

Un entretien ardu

Ce sont les entretiens menés par l’UDC qui ont le plus retenu l’attention mardi. Longuement entendue par les démocrates du centre, Viola Amherd a concédé à sa sortie que la discussion avait été «ardue». Les conservateurs n’ont vraisemblablement pas oublié qu’elle avait soutenu l’éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral en 2007. Le patriarche était d’ailleurs présent dans la salle.

Heidi Z’graggen a eu le sentiment de s’en être mieux tirée. «J’ai senti beaucoup de bienveillance de la part des parlementaires», soulignait l’Uranaise sur le pas-de-porte de la salle de réunion de l’UDC. Quant aux thèmes abordés, elle mentionne entre autres, «l’accord-cadre entre la Suisse et l’UE et la loi sur le CO2». Quant à Karin Keller-Sutter, elle a pris les journalistes par surprise. Alors que les micros l’attendaient à l’entrée ouest de la salle où elle était auditionnée par l’UDC, elle en est ressortie par la porte est. Pour ensuite disparaître chez les Verts. Plus tard, rattrapée par les caméras et les stylos, elle confiera néanmoins qu’elle avait eu à répondre à des «questions difficiles».

Le seul homme de cette «finale», le PLR nidwaldien Hans Wicki, confessait pour sa part qu’il avait «pu répondre à toutes les questions posées par l’UDC» au terme de cette première journée d’auditions animée dans les couloirs du Palais fédéral. L’avance de Karin Keller-Sutter et de Heidi Z’graggen suffira-t-elle? Si la course semble gagnée pour la libérale-radicale saint-galloise, tout est ouvert au PDC.

La gauche soutiendra sans doute Viola Amherd

La présidente du groupe vert’libéral, Tiana Angelina Moser, a déclaré que le groupe «s’en tiendrait aux candidats proposés». A l’instar des Verts, le parti ne rendra toutefois sa décision qu’à la veille de l’élection, agendée le mercredi 5 décembre. Tiana Moser a souligné que le ticket PLR n’avait suscité qu’un intérêt «limité» au sein du groupe et s’est refusée à tout commentaire concernant les candidates PDC. «Nous soutiendrons les candidatures qui couvriront au mieux nos thèmes de prédilection: l’ouverture face à l’Europe, une société libérale et un engagement prononcé pour l’écologie.»

Les Verts ont également refusé de prendre une décision mardi, mais Viola Amherd a bénéficié d’applaudissements nourris. A Berne, on pronostique que le groupe socialiste, qui entendra les quatre prétendants et prétendantes mardi prochain, accordera ses suffrages à la Haut-Valaisanne plutôt qu’à l’Uranaise. Le soutien apporté à cette dernière par l’UDC, avec, à la clé, la volonté affichée de renforcer le positionnement du Conseil fédéral à droite, incitera plus que jamais la gauche à soutenir Viola Amherd. Le PS, le PLR (pour les candidates démocrates-chrétiennes), le PDC (pour Karin Keller-Sutter et Hans Wicki), et le Parti bourgeois-démocratique entendront les candidats mardi prochain.

Hormis les partis, d’autres groupements souhaitent mieux faire connaissance avec les papables. C’est le cas des parlementaires paysans, devant qui Viola Amherd a donné l’impression de mieux maîtriser les dossiers agricoles que sa rivale uranaise. L’Union suisse des arts et métiers (USAM) s’est entretenue avec les quatre candidats mardi soir. Et l’Alliance F fera de même au début de la semaine prochaine.