Ces semaines-ci, la pression ne cesse de monter sur le Conseil fédéral, et cela à trois niveaux. Le premier niveau est celui de l’UE. Le nouvel interlocuteur de la Suisse, le commissaire européen Maros Sefcovic, a fait savoir qu’il attendait du Conseil fédéral une feuille de route en janvier déjà afin de dynamiser la relation bilatérale.

En Suisse, le parlement, notamment sa Commission de politique extérieure (CPE) du Conseil national qui a tenté de sauver l’accord-cadre, n’a pas digéré le fait d’avoir été totalement court-circuité en mai dernier. L’un de ses membres, Hans-Peter Portmann, a même présenté son propre plan pour rebondir et il attend une réponse d’Ignazio Cassis lors de la séance du 10 janvier prochain.

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Mais c’est probablement l’économie qui s’impatiente le plus. Elle qui doit déjà se battre face au covid, au renchérissement des matières premières et au renforcement du franc encaisse encore le choc de l’absence d’accord-cadre. Ce 16 décembre, l’industrie des technologies médicales «s’alarme des nouvelles barrières à l’importation» depuis qu’il n’y a plus de reconnaissance mutuelle des produits avec l’UE. Et ce n’est là que le dernier exemple en date.

Dans un tel contexte, le duel que se livrent – tantôt à l’épée, tantôt à fleurets mouchetés – Ignazio Cassis et Karin Keller-Sutter n’est pas à la hauteur des responsabilités qui leur incombent au Conseil fédéral. D’un côté, le Tessinois, plein de bonne volonté, mais dont les lacunes en matière de leadership sont connues. De l’autre, la Saint-Galloise, dont les débuts au Conseil fédéral ont été flamboyants jusqu’à sa victoire en votation sur la libre circulation des personnes, avant qu’elle ne perde toute créativité et flexibilité face à l’obstacle de l’accord-cadre.

Mario Gattiker, un homme controversé

En elle-même, l’idée d’identifier les différences des droits suisse et européen en vue d’en supprimer certaines et de faciliter l’établissement d’une feuille de route avec l’UE est louable. Encore faut-il avoir la volonté d’aborder sans tabou les questions qui fâchent l’UE, comme les mesures d’accompagnement sur les salaires et la reprise de la citoyenneté européenne. Dans cette optique, le choix de Mario Gattiker n’est certainement pas le meilleur.

Aujourd’hui, la Suisse a besoin d’un Conseil fédéral soudé et prêt à discuter en respectant son partenaire européen plutôt qu’en le diabolisant. Plus le Conseil fédéral tergiversera, et plus il incitera les investisseurs à délocaliser les emplois suisses au sein de l’UE. C’est cela, le drame qui menace dans un horizon de cinq ans.


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