L’année a tout juste dix jours que trois conseillers fédéraux se trouvent déjà fragilisés par de nouvelles affaires ou par de nouveaux développements des événements de 2009. Le Conseil fédéral n’était pas sorti très fringant de l’annus horribilis 2009. Le voilà de nouveau collectivement secoué et amoindri par l’affaiblissement de trois des siens. Hans-Rudolf Merz est rattrapé par l’affaire UBS, Moritz Leuenberger est atteint, par la bande, par les tribulations du président du conseil d’administration de La Poste, Eveline Widmer-Schlumpf s’est embrouillée dans l’affaire des Ouïgours. Ces différentes affaires ont un retentissement politique inégal, mais l’on observe qu’elles atteignent les trois canards plus ou moins boiteux du collège gouvernemental.

Le moins gravement touché est Moritz Leuenberger. Mais tout le monde, y compris parmi ses camarades, est ravi de trouver une occasion d’asticoter un conseiller fédéral dont la façon de s’accrocher au pouvoir sans autres raisons que de convenance personnelle irrite l’entier du monde politique. Indirectement, la pression qui ne va pas manquer d’augmenter sur Hans-Rudolf Merz pourrait se faire sentir également sur son collègue socialiste, dans la mesure où le scénario d’un départ commun a été maintes fois évoqué.

Juridisme étroit et manque de flair politique

Après Polanski, les Ouïgours. C’est la deuxième fois en quelques mois que la ministre de la Justice se met dans une situation délicate qu’un peu de flair et d’habileté politique, plutôt qu’un juridisme étroit, aurait suffi à éviter. Si le gouvernement jurassien s’était abstenu de rappeler sa disponibilité à accueillir deux détenus de Guantanamo, cela aurait peut-être arrangé tout le monde. Encore aurait-il fallu que Berne lui suggère cet artifice propre à éviter des problèmes avec les Américains et avec les Chinois. Pour une conseillère fédérale qui ne peut espérer conserver son siège qu’en étalant des qualités transcendant les intérêts partisans, tout cela est très ennuyeux. On observe que ces ennuis surviennent au moment où s’ouvre, dans le berceau historique de ces deux partis, le canton de Berne, une campagne électorale décisive pour l’avenir de l’UDC et surtout du Parti bourgeois-démocratique (PDB), dont Eveline Widmer-Schlumpf est la figure de proue.

Bouc émissaire idéal

C’est évidemment Hans-Rudolf Merz qui se trouve dans la position la plus délicate, en sa qualité de ministre des Finances et de président de la Confédération l’an dernier. Sans doute la responsabilité de l’entier du Conseil fédéral est-elle engagée dans la façon dont la Finma s’est trouvée en situation de livrer les données de clients d’UBS aux autorités fiscales américaines, mais c’est précisément le cas de figure où l’on a besoin d’un bouc émissaire. Et Hans-Rudolf Merz a le profil idéal pour assumer à lui seul la responsabilité collective du gouvernement.

Le ministre des Finances a joui jusqu’ici de l’indéfectible soutien de son parti, qui espérait bien le voir finir la législature. Cela durera-t-il? L’UDC, le PS et les Verts sont d’ores et déjà d’accord pour réclamer la désignation d’une commission d’enquête parlementaire (PUK, selon le sigle alémanique communément admis) sur la débâcle d’UBS. Il est fréquent que l’un ou l’autre parti réclame la désignation d’une PUK, mais d’une façon plutôt rhétorique. Cet instrument n’a plus été utilisé depuis bientôt vingt ans et semblait politiquement passé de mode, au profit des commissions de gestion, qui ont vu leurs moyens d’investigation et leur rôle augmenter. La désignation d’une PUK reviendrait à qualifier l’affaire UBS de cataclysme majeur et il pourrait y avoir une forme de pression en ce sens de la part de l’opinion frustrée par le fait que la justice a renoncé à ouvrir une enquête contre la direction d’UBS.

Commission d’enquête parlementaire sur UBS

Objectivement, la désignation d’une PUK n’est pas dirigée contre Hans-Rudolf Merz et ses conclusions pourraient même au final l’exonérer de certaines responsabilités. Mais, dans l’immédiat, en aggravant une affaire qui lui est étroitement associée, elle péjore sa situation, et les réelles motivations des quelques parlementaires radicaux qui y sont favorables ne sont pas absolument claires.

Ueli Maurer étant une sorte de zombie à la tête du DDPS et Micheline Calmy-Rey ne s’occupant que des affaires de son département, il ne reste guère, au Conseil fédéral, que Didier Burkhalter et Doris Leuthard pour incarner l’autorité de l’exécutif. Et la pression s’accroît aussi singulièrement sur la seconde, à la mesure des attentes que soulève la présidence de la première représentante, au Conseil fédéral, de la nouvelle génération.