Alain Berset l’avait clairement laissé entendre lors du point de presse tenu jeudi dernier à la suite de sa rencontre avec les ministres cantonaux de la Santé. Il ne comptait pas précipiter l’entrée en vigueur de l’extension du certificat sanitaire dans les restaurants et les lieux de culture. Cela s’est confirmé à l’issue de la séance du Conseil fédéral de ce 1er septembre. Pas de décision, juste un communiqué qui précise que le gouvernement, fort du soutien des cantons, se déclare «prêt à agir».

Une fois n’est pas coutume, le ministre de la Santé a joué aux abonnés absents. Omniprésent depuis dix-huit mois dans la salle des médias du Palais fédéral, Alain Berset a brillé par son absence. A vrai dire, les signaux sont encore trop contradictoires pour foncer dans une direction, que ce soit un assouplissement ou un durcissement. La quatrième vague due au coronavirus a certes bel et bien commencé depuis plusieurs semaines. Mais ces derniers jours, elle s’est stabilisée sur ce que les experts appellent un «haut plateau»: quelque 3000 nouvelles infections par jour et un taux d’occupation des lits de soins intensifs «très élevé», mais dans l’ensemble de la Suisse une situation encore maîtrisée.

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Même topo dans les cantons. Lors de la procédure de consultation, ceux-ci ont soutenu à la quasi-unanimité les mesures proposées par le Conseil fédéral. En revanche, ils divergent sur le calendrier d’une éventuelle mise en vigueur. A Zurich, la ministre de la Santé, Natalie Rickli, s’est déclarée en faveur d’une rapide implémentation des mesures. A l’opposé, son homologue vaudoise, Rebecca Ruiz, ne les envisage qu’«en ultime recours».

Situation tendue aux soins intensifs

Dans les hôpitaux romands, la situation reste sous contrôle, même si l’on se rapproche dangereusement de la saturation des lits de soins intensifs. Mardi, il en restait 18 de libres sur 86 dans le canton de Vaud et 17 sur 50 dans celui de Genève. Mais ponctuellement, des hôpitaux régionaux tirent la sonnette d’alarme, comme le GHOL à Nyon. «Tous nos lits de soins intensifs sont occupés et nous avons dû transférer des patients ailleurs», déclare son directeur, Daniel Walch.

Face à cette menace, l’UDC, qui ne cesse de reprocher au Conseil fédéral ses «mesures liberticides», a réclamé une hausse du nombre de ces lits: «Plutôt que l’extension de l’obligation du certificat sanitaire, il serait préférable de porter le nombre de ces lits à 1200, voire 1300 dans toute la Suisse», estime-t-elle. Cela n’est pas si simple, car le problème, ce ne sont pas les lits, mais le personnel qu’il faut pour les encadrer: «Il faut huit soignants pour s’occuper d’un patient covid 24h/24», précise-t-on aux HUG à Genève.

Par rapport aux première et deuxième vagues, plusieurs paramètres ont de plus changé. D’une part, l’immense majorité des personnes à risque sont vaccinées. D’autre part, les hôpitaux tiennent cette fois à ne plus reporter les opérations non urgentes. «Nous nous devons d’opérer aussi les patients en souffrance d’autres maladies que le covid», souligne Daniel Walch. «Pour l’heure, un report de la chirurgie élective n’est pas à l’ordre du jour», communique-t-on aux HUG.

Des contrôles insuffisants dans les aéroports

Même si la situation se stabilise, l’Office fédéral de la santé publique n’est pas rassuré sur deux points. Aux deux aéroports de Genève et Zurich, les contrôles très aléatoires des passagers en provenance de l’étranger «relèvent d’un dilettantisme coupable», selon un observateur. Une étude des HUG a révélé que 48% des personnes testées positives ces deux derniers mois revenaient de l’étranger. A leur arrivée, ce sont les gardes-frontières suisses qui sont responsables des contrôles. «Nous effectuons des contrôles basés sur les risques et la situation actuelle», déclare-t-on à l’Administration fédérale des douanes (AFD). A l’évidence, celle-ci n’a ni les ressources ni le temps qu’exigerait la quatrième vague de la pandémie.

Autre souci du côté de l’OFSP: la reprise universitaire, qui touche des étudiants appartenant à une catégorie de population mobile, internationale et peu vaccinée en moyenne. Or, cette rentrée se déroulera en présentiel, même si le port du masque est obligatoire. Les universités suisses veulent ainsi éviter de «devenir des lieux d’enseignement à distance», comme l’a déclaré celle de Neuchâtel.

Aux inquiétudes de l’OFSP, les universités répondent par la promotion de la vaccination, parfois directement sur le campus avec des infrastructures mobiles, comme cela se fera à Genève et Neuchâtel. Plusieurs enseignants, comme le neuroscientifique Dominique de Quervain, de l’Université de Bâle, se sont étonnés de cette reprise quasi normale, car ils refusent de se mettre en danger face à des étudiants non vaccinés. Un cas de figure qui s’est aussi produit dans certaines universités romandes, dont les rectorats ont reçu quelques messages inquiets. L’Université de Genève se réserve ainsi la possibilité d’exempter de l’enseignement présentiel les professeurs présentant des fragilités médicales.

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Président de Swissuniversities et recteur de l’Unige, Yves Flückiger explique que cette dernière n’est pas favorable à l’introduction du certificat covid. Sa mise en œuvre, «coûteuse et aléatoire», poserait des questions d’organisation vertigineuses: «Comment contrôler 6800 collaborateurs et 19 000 étudiants fréquentant quotidiennement des bâtiments ouverts au public et desservis par plus de 30 points d’accès? Cela étant, nous appliquerons bien sûr la mesure si elle devait nous être imposée.»