Le Conseil fédéral a mis en consultation mercredi la poursuite de la privatisation de Swisscom et la création d'une banque postale. Quand bien même ces deux projets doivent faire l'objet d'un unique article constitutionnel, et donc d'une seule votation populaire, ils demeurent sans lien direct entre eux. Ils ont par ailleurs singulièrement pâli, particulièrement la banque postale, par rapport à ce qui avait été annoncé à l'automne dernier. On avait alors mal compris, assurait mercredi Moritz Leuenberger, si l'on avait cru que La Poste ambitionnait de créer une sorte d'UBS jaune. Il s'agit plutôt d'élargir la palette des services financiers déjà proposés par Postfinance. Le propos est plus de conserver une clientèle, en premier lieu celle des PME, qui exigent maintenant des services globaux, que de partir à la conquête du marché. On avait mal compris également si l'on avait cru que le capital de dotation de la banque postale serait fourni par la vente de la part de la Confédération dans Swisscom excédant la majorité. Les deux démarches n'ont rien à voir l'une avec l'autre. On avait mal compris, enfin, si l'on avait pris la création d'une banque postale comme un moyen de maintenir un tissu de prestations de services dans les zones périphériques. La disparition des bureaux de poste y est d'ores et déjà programmée.

Que sera cette banque postale qui n'en est plus vraiment une? Ses contours deviennent de plus en plus flous et le projet tend à se fondre, au niveau financier, dans toute la problématique, plus large, d'une nouvelle baisse de la limite du monopole et d'une recapitalisation, de toute façon nécessaire, de La Poste. Les besoins atteignent quelque 8 milliards de francs au total, dont 5,5 milliards pour la recapitalisation de la caisse de pensions, la dotation en fonds propres de Postfinance nécessitant pour sa part un investissement de 1,5 à 2 milliards. Une recapitalisation d'un demi-milliard a en outre déjà été annoncée pour développer les nouveaux secteurs d'activité comme le e-business.

La question se pose en d'autres termes pour Swisscom. Dans ce cas, le Conseil fédéral demande essentiellement qu'on lui laisse les mains libres pour envisager alliances et partenariats. Tout en demandant la suppression de l'obligation de détenir la majorité des actions de Swisscom, le Conseil fédéral ne propose aucun projet précis pour l'instant, sinon d'obtenir la flexibilité stratégique nécessaire pour pourvoir réagir en temps utile. La situation évolue tellement vite dans le domaine de la téléphonie que le contenu du message qui devrait être adressé aux Chambres à la fin de l'année pourrait être différent de ce que propose la procédure de consultation. La lenteur du processus législatif constitue à cet égard un réel problème: le peuple ne pourra pas voter avant 2003.