Votation

Le Conseil fédéral monte au créneau contre l'initiative sur la spéculation

Johann Schneider-Ammann a dénoncé mardi une initiative inefficace, chère et dangereuse pour la Suisse

Le 28 février, le peuple et les cantons devront se prononcer sur l’initiative «Pas de spéculation sur les denrées alimentaires». Ils devront décider si les sociétés ayant leur siège ou une succursale en Suisse ont le droit d’investir dans des instruments financiers se rapportant à des matières premières agricoles et à des denrées alimentaires.

Un mois et demi avant la votation, la campagne a bel et bien commencé. Lundi, les défenseurs de l’initiative ont présenté leurs arguments à Lausanne. Ils en ont appelé à la responsabilité «morale» de la Suisse qui dispose, selon eux, d’une opportunité pour montrer l’exemple.

Mardi c’est le gouvernement, opposé à l’initiative lancée par les Jeunes socialistes suisses, qui est passé à l’offensive. Lors d’une conférence de presse à Berne initialement attendue pour jeudi, le Conseiller fédéral en charge de l’économie Johann Schneider-Ammann a assuré que l’initiative ne permettrait en rien de lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde. Bien au contraire. Les marchés agricoles pourraient, selon lui, fonctionner moins bien avec une telle restriction.

Risque de délocalisations

Selon le Conseil fédéral, une interdiction du négoce de produits financiers serait facilement contournable puisqu’elle n’aurait d’effets que sur le sol suisse. Elle profiterait donc aux concurrents à l’étranger qui se feraient un malin plaisir de reprendre des parts de marchés.

En plus d’être inefficace, l’initiative serait aussi dangereuse pour l’économie, a averti Johann Schneider-Ammann. Et cela à un moment où le pays «souffre déjà considérablement du franc fort».

Le oui fragiliserait dangereusement la filière alimentaire en Suisse

Ce que craignent par-dessus tout les opposants c’est une délocalisation des négociants en produits agricoles. Et donc une perte d’emplois et de recettes fiscales pour la Suisse. Les quatre géants du négoce de céréales – Louis Dreyfus, Cargil, Archer Daniels Midland et Bunge – sont ainsi tous basés dans l’Arc Lémanique. «En déménageant à Dubaï ou à Singapour les entreprises pourraient facilement contourner nos lois», expliquait début décembre au Temps la cheffe du secrétariat d’État à l’économie Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch.

«Les membres de l’industrie considèrent que l’acceptation de l’initiative par le peuple suisse fragiliserait dangereusement la filière alimentaire en Suisse qui contribue, avec les entreprises du commerce de matières premières à la prospérité de notre pays», souligne Stéphane Graber. Le secrétaire général de la Swiss trading and shipping association rappelle que le commerce des matières premières représente 3,9% du PIB suisse, soit plus de 20 milliards de créations de valeur et plus de 12 500 emplois.

Des alternatives existent

Mardi enfin, Johann Schneider-Ammann a brandi l’argument des coûts qu’engendrerait la mise en œuvre de l’initiative. Car si la Suisse compte de nombreuses sociétés actives dans le négoce de matières premières agricoles, elle compte aussi des banques, des assurances et des caisses de pension qui achètent des produits financiers liés à ces matières premières. Autant de sociétés qu’il faudrait contrôler au moyen d’une bureaucratie «énorme», a-t-il averti pour savoir si, oui ou non, il y a eu spéculation au cours d’une transaction.

Pour Johann Schneider-Ammann, la Suisse doit se concentrer sur des instruments qui ont fait leur preuve pour lutter contre la pauvreté et la faim dans le monde, soit l’aide au développement et, en cas de crise, l’aide humanitaire.

Le Conseil fédéral assure par ailleurs s’engager pour une amélioration de la transparence sur les marchés des matières premières. En juin dernier, le parlement l’a autorisé, dans le cadre de la future loi sur l’infrastructure des marchés financiers, de limiter la taille d’une position nette qu’une personne peut détenir sur les matières premières. Pour Stéphane Graber, cette disposition – accueillie favorablement par le secteur – va «de concert avec les règles déjà observées dans les marchés clés que sont les Etats-Unis et l’Union européenne pour lutter contre la spéculation conformément aux recommandations en la matière de la FAO»

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