L’UDC a commencé à faire le tri dans sa pléthorique liste de candidatures pour le Conseil fédéral. Ils ne sont désormais plus que sept à entrer en considération: le Vaudois Guy Parmelin et le Valaisan Oskar Freysinger pour la Suisse romande, le léguiste tessinois Norman Gobbi ainsi que le Zougois Thomas Aeschi, le Grison Heinz Brand, le Bernois Albert Rösti et le Nidwaldien Res Schmid.

Exit les deux Schaffhousois Thomas Hurter et Hannes Germann ainsi que les deux Bâlois Thomas de Courten et David Weiss. Lundi soir, au terme de la séance du comité du groupe parlementaire, son président Adrian Amstutz n’a pas voulu s’exprimer sur les raisons de cette quadruple éviction. Tout au plus sait-on que le juge David Weiss, qui avait annoncé sa candidature en dernière minute vendredi et est très peu expérimenté en politique, s’est retiré de lui-même de la course. Peut-être lui a-t-on fait comprendre qu’il n’avait aucune chance…

On peut néanmoins partir de l’idée que les deux Schaffhousois n’étaient pas assez dans la ligne du parti. L’analyse de leurs votes (LT du 14.11.15) montre en effet qu’ils se situent plutôt sur le flanc gauche de l’UDC au parlement. Adrian Amstutz a souligné que ceux qui prétendent représenter l’UDC au gouvernement doivent «défendre l’indépendance et la souveraineté du pays, refuser de signer un accord cadre avec l’UE et s’engager pour la mise en œuvre de l’initiative sur l’immigration dans le sens voulu par la majorité de la population en février 2014».

Or, sur ce dernier point, Thomas Hurter et Hannes Germann sont sans doute plus ouverts que les autres. Thomas de Courten n’a vraisemblablement pas été sélectionné à cause de son manque d’expérience politique. Il est tout à fait dans la ligne du parti, mais ne s’est guère fait connaître depuis son élection au Conseil national en 2011. Et il n’a jamais siégé dans un Exécutif, contrairement à Norman Gobbi, à Res Schmid, à Oskar Freysinger, tous membres du gouvernement de leur canton, et à Albert Rösti, qui préside une commune bernoise de 6000 habitants.

Les «favoris» et les autres

Selon Adrian Amstutz, il est faux de dire que ces trois candidats ont été écartés. Ils ne sont «pas favoris», contrairement aux sept autres. Cela ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas défendre leur candidature vendredi devant le groupe parlementaire, qui choisira les noms de ceux qu’il présentera à l’Assemblée fédérale le 9 décembre. Mais leurs chances de figurer sur le ticket de l’UDC sont désormais infimes.

Il y aura donc un Romand. Ce sera Guy Parmelin ou Oskar Freysinger.

Le comité du groupe souhaite que celui-ci comporte trois noms. «Nous avons entendu l’appel qui nous a été lancé et souhaitons qu’il y ait un représentant de chaque région linguistique», explique Adrian Amstutz. Il y aura donc un Romand. Ce sera Guy Parmelin ou Oskar Freysinger. Le choix du groupe sera influencé par la manière dont il appréhende le goût de la provocation du Valaisan – son tweet caustique après les attentats de Paris n’en finit pas de susciter des commentaires sur les réseaux sociaux. Le groupe osera-t-il courir le risque de faire élire au Conseil fédéral un personnage qui aime autant répandre l’odeur du soufre?

Pourquoi Albert Rösti?

La situation est confortable pour Norman Gobbi: si le groupe parlementaire confirme l’option du triple ticket, il est assuré d’y figurer. Et cela en dépit du fait qu’il n’est pas un UDC pur sucre. Il a fait carrière sous la bannière de la Lega, au Conseil d’Etat tessinois comme lors de son bref passage au Conseil national en 2010. «Mais il est aussi membre de l’UDC et a été nommé officiellement candidat par la section tessinoise de l’UDC», coupe Adrian Amstutz.

Le choix du candidat alémanique se fera en réalité entre trois candidats: Heinz Brand, Thomas Aeschi et Res Schmid. Parce qu’il y a déjà deux Bernois au gouvernement, Albert Rösti paraît hors course. Pourquoi l’avoir retenu quand même? «La commission de sélection avait pour mandat d’envisager toutes les éventualités, y compris le départ d’un membre du gouvernement. Tout est ouvert, alors nous devons aussi être ouverts», répond Adrian Amstutz. Cela paraît toutefois spécieux dans la mesure où si Johann Schneider-Ammann, qui sera président en 2016, ni Simonetta Sommaruga n’ont l’intention de quitter le Conseil fédéral.

Dans la constellation actuelle, et après les délibérations de la commission de sélection et du comité du groupe parlementaire, le conseiller national grison Heinz Brand, bien qu’âgé de 60 ans, paraît conforté dans son rôle de favori.