Le Temps: C'est l'UDC qui a lancé avec succès un référendum et pourtant on ne vous entend pas dans cette campagne

Yvan Perrin: C'est une question de moyens. Je crois que nous n'avons jamais mené une campagne avec des moyens aussi faibles. Nous faisons beaucoup de débats publics, mais force est de constater que le débat ne prend pas dans la population, en particulier si l'on compare avec la question de l'asile et des étrangers, pour laquelle il y avait un véritable bouillonnement. Il ne se passe rien et la même observation vaut pour les allocations familiales. On a l'impression que les votations à répétition provoquent une certaine lassitude.

- Est-ce que la modestie de vos moyens ne veut pas dire que ce référendum était improvisé?

- Improvisé non. Mais nous arrivons au début d'une année électorale et, si le milliard est important, les élections fédérales constituent une priorité pour nous. La réorganisation, en cours, du secrétariat, nous a également incités à une grande prudence financière.

- Mais il est juste de dire que le référendum ne figurait pas sur votre plan de bataille en début d'année.

- Il est clair que le référendum a été improvisé le 24 mars. Au début de la session, il n'était pas question d'aller au référendum, tant que l'on en restait aux déclarations du Conseil fédéral, avec 200 millions par année pendant cinq ans pour dix pays et compensation intégrale. Quand le projet est arrivé et que nous n'avons pas retrouvé ces promesses, cela a changé la donne et nous avons dû faire un virage sur l'aile. C'est une situation un peu nouvelle pour nous, car en général nos opérations sont plutôt bien préparées. Là, nous avons dû parer au plus pressé.

- Comment la décision de lancer le référendum a-t-elle été prise?

- Il n'y a même pas eu besoin de la prendre, c'était évident pour tout le monde. Quand nous avons vu arriver le dépliant (ndlr: le document de travail du parlement), nous nous sommes regardés et c'était clair. Au terme des débats, la décision a été purement formelle, c'était évident pour tout le monde.

- Un milliard sur dix ans, soit 100 millions par année, ce n'est pourtant pas grand-chose à l'échelle du budget de la Confédération.

- Tout le monde parle du milliard, mais c'est un abus de langage, cette somme ne figure nulle part dans la loi. Si l'on veut être clair, on doit dire au moins un milliard, puisque cette somme est déjà dépensée au titre du mémorandum d'entente avec les nouveaux membres de l'UE, et que la Suisse devra la verser, cela ne fait aucun doute. Mais il faudra encore aider la Bulgarie, la Roumanie et les futurs candidats à l'UE, plus les républiques d'Asie centrale. Il est regrettable qu'on ait mis dans la même loi la contribution aux pays de l'UE et l'aide aux anciennes républiques soviétiques. En plus, certains pays, en l'occurrence la Bulgarie et la Roumanie, passent d'une catégorie à l'autre. En parlant d'un milliard, on laisse entendre que l'on va faire tout cela avec ledit milliard.

- L'argumentaire de l'UDC est ambigu, en ce sens que la direction et un petit groupe veulent en faire une affaire purement financière, alors que la base et une grande partie des élus refusent l'idée même d'une contribution à l'Est.

- Avec cette loi, le Conseil fédéral a ouvert une boîte de Pandore. Si on en était resté aux promesses du Conseil fédéral, ni l'UDC ni l'ASIN n'auraient lancé un référendum. C'est vrai qu'il y a aujourd'hui deux tendances, dont l'une ne veut rien donner du tout. Personnellement, j'estime qu'il y a un certain nombre de tractations qui ont été menées, tractations regrettables faites dans des conditions regrettables, et que l'on va devoir payer ce milliard, mais selon les promesses faites par le Conseil fédéral.

- Cette façon de voir est plutôt minoritaire au sein du parti.

- Je ne le conteste pas.

- Le milliard était d'une certaine façon un ticket d'entrée sur le grand marché européen. On n'a pas voulu présenter les choses de cette façon pour un certain nombre de bonnes et de mauvaises raisons. Est-ce que vous parlez aussi, comme certains de vos camarades de parti, de chantage, d'extorsion ou de pots-de-vin?

- Je demeure persuadé que la Suisse ne doit rien à l'UE. Je ne pense pas qu'elle ait le devoir moral de verser ce milliard. Par contre, si l'UE nous dit qu'elle nous offre des conditions-cadres exceptionnelles, qu'elle investit elle-même plus de 40 milliards dans ces dix nouveaux pays, que cela lui coûte et qu'elle aimerait que nous participions, c'est défendable. Ensuite on calcule et on dimensionne la contribution suisse aux bénéfices que l'on peut retirer. Mais expliquer comme on l'a fait que c'est la Suisse qui a spontanément offert ce milliard, ça ne tient pas debout. Il aurait fallu dire clairement les choses.

- Est-ce que l'engagement très intense des milieux économiques dans la campagne ne vous interpelle pas?

- Ils étaient très engagés également en 1992 en nous expliquant que si l'on disait non à l'EEE on devrait dans les cinq ans se traîner à genoux à Bruxelles. Ceux qui annonçaient alors l'apocalypse se félicitent aujourd'hui de la bonne santé de l'économie suisse. Même economiesuisse n'est pas à l'abri d'une erreur.