Le procès historique mené vendredi dernier par le Tribunal fédéral pouvait difficilement se limiter à des conséquences financières. A défaut d'entrer en matière sur sa plainte pour tort moral, les juges ont certes accordé 100 000 francs d'indemnités de dépens à Joseph Spring, réfugié juif refoulé qui a perdu ses deux cousins à Auschwitz. Et le Conseil fédéral se tient prêt à passer directement un arrangement financier avec les deux autres survivants de l'Holocauste, Sabine et Charles Sonabend, qui ont déposé plainte contre la Confédération (Le Temps du 22 janvier).

Mais, surtout après la publication du rapport Bergier, un geste moral et politique est attendu du gouvernement. Ce dernier pourrait recevoir à Berne les plaignants afin d'exprimer autrement que par des échanges d'écritures et de chèques sa compassion et ses excuses à l'égard des familles touchées, incarnant «les erreurs» de la politique des réfugiés menée par la Suisse lors de la Seconde Guerre mondiale.

Cette volonté tardive de rendre à la fois plus humain et solennel le traitement des cas Spring et Sonabend est cette fois sérieusement évoquée par l'entourage de Kaspar Villiger, en charge du dossier. L'avocat de la famille Sonabend, Marc Richter, défend lui-même l'idée d'une rencontre de ses clients avec le Conseil fédéral, a-t-il confié au Temps. Il confirme également que des tractations sont en cours pour une indemnisation. Elles restent encore floues dans la mesure où Charles Sonabend a demandé à sa sœur Sabine de prendre le relais. Selon Marc Richter, les deux plaintes se cumulent et leur retrait, exigé par le Département de Kaspar Villiger, devrait déboucher sur un versement de 200 000 francs de dépens.