Face au franc fort, le Conseil fédéral est démuni, car «les mesures envisageables n’auraient pas l’effet souhaité». Création d’un fonds d’Etat alimenté par des emprunts, arrimage du franc à l’euro, taux d’intérêt négatifs: toutes les idées avancées ces derniers jours pour rendre le franc moins attractif ont été rejetées par le gouvernement en raison de leurs conséquences négatives à long terme. Sans autres moyens, le Conseil fédéral est réduit à en appeler «aux entreprises suisses pour qu’elles répercutent les gains de change sur les consommateurs».

Bien que ses membres soient dispersés, en visite de travail en Suisse ou à l’étranger, voire en vacances, le Conseil fédéral a tenu mardi une conférence téléphonique pour faire le point sur les conséquences de la force de la monnaie. Lundi, le ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, a également convoqué la délégation économique dont font partie les conseillères fédérales Eveline Widmer-Schlumpf et Doris Leuthard.

Le gouvernement rappelle qu’il prend au sérieux les charges croissantes qui pèsent sur l’industrie d’exportation, le commerce de détail, les PME suisses et le secteur du tourisme. Mais «aucune mesure d’urgence n’a pour l’instant été décidée».

On commence pourtant à s’agiter dans les partis politiques devant la paralysie du Conseil fédéral. Dimanche, le président du PDC, Christophe Darbellay, priait instamment le ministre de l’Economie d’intervenir, plutôt que de partir en vacances. Le conseiller national valaisan souhaite aussi un renforcement des pouvoirs de M. Prix. Une proposition contestée par le directeur d’economiesuisse, Pascal Gentinetta, car, selon lui, «la fixation de prix plafonds est un instrument de l’économie planifiée».

Le président du Parti socialiste, Christian Levrat, a relancé la proposition d’imposer un taux négatif aux investissements étrangers. Il demande aux grossistes et distributeurs de faire profiter les consommateurs des gains de change.

Mardi, c’est le directeur de l’Economie du canton de Berne, le socialiste Andreas Rickenbacher, qui venait appuyer l’idée de l’économiste d’UBS Caesar Lack de créer un fonds d’investissement de 100 milliards, alimenté par un emprunt public à l’étranger. Investi ensuite à l’étranger dans des actions ou obligations, ce fonds devrait faire baisser la pression sur le franc suisse. Mais ces opérations sont interdites par la loi sur la BNS et feraient prendre des risques spéculatifs à l’Etat.

Avec un nouveau record plancher de l’euro face au franc, à 1,14 lundi, la pression sur le franc suisse se poursuit et réduit toujours plus les marges des PME. Pour l’instant, l’économie suisse se montre étonnamment résistante à la crise, en puisant notamment dans les marges des entreprises ou en augmentant la productivité et les horaires. Le chômage s’est encore réduit en juin et les exportations restent soutenues. Mais, selon le baromètre de Credit Suisse, deux tiers des entreprises interrogées disent devoir faire face à un ralentissement des exportations au troisième trimestre de 2011.

De leur côté, les spécialistes du marché des devises, comme John Taylor, du fonds d’investissement FX Concept, sont prêts à parier sur la parité «un franc – un euro».