Mais qu’est-ce que l’on va faire de Hansjörg Walter, si par hasard, il était élu au Conseil fédéral ce mercredi ? Lui confier le département de l’Economie parce qu’en qualité de président de l’Union suisse des paysans il en connaît un bout sur le sujet agricole ? Mais quelle est son expérience en ce qui concerne le marché du travail, l’industrie des machines, la place financière, la politique sociale ? A-t-il jamais présidé un gouvernement cantonal ou même une grande ville ? Quelle langue parlera-t-il lors des débats à l’Organisation mondiale du commerce ou à Bruxelles, lui qui ne comprend ni le français ni l’anglais ? Lui confiera-t-on Justice et Police avec mandat de conclure des accords de réadmission avec quelque nation anglophone d’Afrique de l’ouest ? Ou alors, tiens, les Affaires étrangères et le dossier de la reprise du droit européen ? Il reste peut-être la Défense, pour laquelle aucune compétence particulière ne semble requise.

Loin de nous l’idée de prétendre que le candidat sorti d’un chapeau par l’UDC n’a aucune qualité. C’est un lobbyiste paysan efficace, un agriculteur avisé, un homme politique convenable. Mais a-t-il les aptitudes nécessaires, les outils indispensables pour gouverner ce pays ? Ne risque-t-il pas d’être un demi-conseiller fédéral, celui de la Suisse alémanique ? Jamais, dans tout le débat sur le deuxième siège revendiqué par l’UDC ces questions n’ont été posées par les partis associés au pouvoir. Alors que l’intéressé avouait, cet automne, au Tages Anzeiger qu’il « faut reconnaître ses propres limites » .

Il y a quelques années encore, les partis se montraient vétilleux sur le choix des candidats, écartaient quiconque n’avait pas l’expérience d’un exécutif ou qui, comme Kurt Furgler, n’avait pas fait la preuve de qualités de leader au Parlement.

Pour décrocher son premier emploi, tout étudiant sorti de l’université sait qu’il devra faire la démonstration de ses connaissances dans au moins deux autres langues que la sienne, faire étalage de l’expérience acquise au cours de ses stages et afficher un minimum d’enthousiasme pour le job.

C’est peut-être rageant pour l’étudiant ainsi recalé, mais nous sommes ici dans l’arbitraire de la politique. L’UDC n’est pas seule coupable de ce manque d’exigence. La gauche avait elle-même jugé Hansjörg Walter tout à fait acceptable il y a trois ans pour empêcher l’élection de Ueli Maurer. Elle peut s’en prendre à elle-même.

Le désintérêt des partis et même des médias pour la question des qualifications illustre la dérive du jeu politique : les intérêts partisans l’emportent sur ceux du pays à disposer d’un gouvernement à la hauteur des défis. Nous sommes entrés dans l’ère du principe de Peter :  « Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d’en assumer la responsabilité ». Le Conseil fédéral serait-il menacé par l’irruption du principe de Peter, selon lequel «  avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d’en assumer la responsabilité » ?