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Conseil fédéral: la reine Karin proche du couronnement

Si elle accepte d’être candidate, Karin Keller-Sutter part largement favorite dans la course à la succession de Johann Schneider-Ammann. Sous la Coupole, elle est plus influente que jamais

D’un petit geste de la tête, elle décline toute déclaration. «Je n’ai rien à dire», fait savoir Karin Keller-Sutter (54 ans). En dehors de Johann Schneider-Ammann, la conseillère aux Etats saint galloise était bien sûr la plus sollicitée par les médias, impatients comme jamais de savoir si elle pose à nouveau sa candidature au Conseil fédéral. Elle s’excuse poliment: «Durant les sessions, je suis cantonnée dans ce Palais. J’ai besoin de voir mon mari pour en parler avec lui.» Puis elle s’éclipse.

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Du temps, Karin Keller-Sutter en aura dès la semaine prochaine, durant laquelle elle sera en vacances. Mais sous la Coupole, nombreux sont ceux qui parient sur sa candidature. Et si cela se vérifie, alors il n’y aura pas photo: il y aura «Karin et les autres».

Certes, en septembre 2010, la Saint Galloise, alors conseillère d’Etat, avait été battue par Johann Schneider-Ammann lors de la succession de Hans-Rudolf Merz. Longtemps, elle accuse le coup, même après avoir rebondi grâce à son élection au Conseil des Etats. Jusqu’en 2015, alors qu’elle siège dans de prestigieux conseils d’administration, elle clame qu’elle ne sera plus jamais candidate au Conseil fédéral. Avant d’arrêter de s’exprimer sur ce sujet.

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Tous les paramètres en faveur de Karin Keller-Sutter

Entre-temps, tous les paramètres ont changé, et même tous en sa faveur. Le premier est certainement celui qu’elle déteste le plus mettre en valeur, mais il n’en demeure pas moins important. Dans un Conseil fédéral où l’on s’attend à ce que Doris Leuthard (PDC) soit remplacée par un homme, il faut au minimum une deuxième femme. Karin Keller-Sutter arrive donc à point nommé. Et les femmes du PLR ne cachent pas qu’elles ont l’intention de jouer cette carte du genre à fond. «Nous nous battrons pour un double ticket féminin. Nous avons suffisamment de femmes compétentes pour cela», annonce la présidente des femmes PLR Doris Fiala. «Les femmes, qui sont la majorité de la population, ont besoin de modèles féminins au sommet du pouvoir», souligne-t-elle encore.

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Autre paramètre qui a changé: au Conseil des Etats, Karin Keller-Sutter s’est départie de l’étiquette de «dame de fer» et de «Blocher en jupon» dont la gauche l’affublait volontiers à l’époque. Un cliché qui date de l’époque où la ministre cantonale de la Sécurité s’affiche à deux reprises aux côtés d’un Christoph Blocher qui est alors conseiller fédéral et qui prône un durcissement de la loi sur l’asile.

A la Chambre haute, la Saint-Galloise entame sa mue thématique. Elle délaisse l’asile pour s’engager dans la politique économique et sociale. Et devient vite une sénatrice qui compte. Elle est en première ligne pour combattre – victorieusement – la réforme des retraites d’Alain Berset en septembre 2017. Lorsqu’elle est nommée présidente du Conseil des Etats en décembre dernier, le Tages-Anzeiger écrit qu’elle est «plus influente que jamais». D’autant plus que la gauche, qui ne l’avait pas élue en 2010, ne lui en veut plus malgré son profil marqué à droite. Certains élus socialistes, très déçus d’un Johann Schneider-Ammann «ne croyant qu’en la force du marché pour régler tous les problèmes», regrettent leur vote de l’époque.

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Elle fend parfois l’armure

La «reine Karin» a toujours polarisé. Ceux qui la connaissent mal la trouvent «horriblement hautaine et distante». Les autres, ceux auprès desquels elle a fendu l’armure, l’ont découverte beaucoup plus chaleureuse qu’ils ne l’imaginaient. Ils savent qu’elle a connu une période punk dans sa tendre jeunesse, que son premier combat perdu à Wil a été la création d’un local d’injection pour toxicomanes et que, toute libérale qu’elle est, elle n’en a pas moins été très marquée en découvrant la réalité du chômage lors de ses études à l’Ecole supérieure de commerce à Neuchâtel.

Selon toute vraisemblance, le PLR proposera un ticket à l’Assemblée fédérale. Mais déjà, il apparaît que le deuxième nom sur le ticket ne sera qu’un homme ou une femme alibi dans la mesure où la présidente du parti Petra Gössi ne semble pas intéressée à se lancer dans la course. Dès lors, les trois papables le plus souvent cités sont le conseiller aux Etats Martin Schmid (GR), la conseillère nationale Regine Sauter (ZH) et la conseillère d’Etat Carmen Walker Späh (ZH).

Martin Schmid en trouble-fête

Martin Schmid (49 ans) est un sénateur non dénué d’influence, mais totalement inconnu du grand public, voire même au Palais fédéral. Surdoué lors de ses études, il devient le plus jeune député au Grand Conseil à 25 ans, avant d’accéder au gouvernement après l’affaire Aliesch, du nom d’un magistrat ayant accepté des cadeaux d’un financier grec. Il y fait du bon travail, de sorte qu’il est élu à Berne, où il se profile comme un PLR qui a toujours aimé le vieux slogan: «Moins d’Etat, plus de liberté». Sous la Coupole, il a la réputation d’être un avocat très proche des milieux économiques, parfois très tatillon.

Regine Sauter (52 ans) est quant à elle directrice de la Chambre de commerce de Zurich. Titulaire d’un MBA, elle a travaillé au secrétariat national du PLR avant d’assumer des mandats dans la communication. Elle n’est pourtant arrivée au Conseil national qu’en 2015. Quant à Carmen Walker Späh, c’est l’actuelle ministre cantonale de l’Economie à Zurich. Une battante très populaire, qui a présidé les femmes PLR avant Doris Fiala, mais qui a déjà 60 ans. Mais toutes deux n’ont pas la carrure de la favorite. La reine Karin est plus proche que jamais du couronnement.

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