Le Conseil fédéral, réuni dimanche, réagit à la hausse des infections, jugée «inquiétante», et reprend la main sur le dossier de la pandémie par une adaptation de l'ordonnance Covid-19. «Depuis dix jours, la 2e vague est là», affirme Alain Berset», lors d'une conférence de presse. Il constate que la détérioration touche tous les cantons et toutes les tranches d'âge. On assiste à un doublement des cas par semaine.

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Le gouvernement présente une série de mesures. Le but déclaré consiste «à mieux protéger la santé de la population et à prévenir une surcharge du système de santé dans les semaines et les mois à venir. L’objectif est aussi de freiner la hausse des contaminations avec suffisamment d’efficacité pour que les cantons puissent continuer de garantir le traçage des contacts de manière rigoureuse et sans faille.»

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Simonetta Sommaruga a par ailleurs indiqué que d'autres mesures étaient possibles en cas de nouvelle détérioration de la situation. Mais «il ne faut pas avoir peur de cette évolution. Il faut respecter cette évolution», précise Alain Berset. 

Uniformisation des règles

On assiste donc à une uniformisation des règles après un traitement très différencié au sein des cantons. Mais si le Conseil fédéral reprend la main, il ne revient pas à la situation exceptionnelle  de mars et ne décide pas de fermer des établissements. Les mesures se veulent moins contraignantes. Et il ajoute que «la vie économique et sociale doit pouvoir se poursuivre». «Il doit rester possible de travailler, mais autrement», déclare Alain Berset, ajoutant «chercher un juste milieu».

La plupart des mesures prises, après consultation avec les cantons, étaient attendues et avaient filtré ces derniers jours:

-À partir de lundi 19 octobre, les rassemblements spontanés de plus de 15 personnes dans l’espace public seront interdits.

-Le port du masque sera obligatoire dans les espaces clos accessibles au public. Cette obligation s’appliquera aussi dans les gares et les aéroports ainsi qu’aux arrêts de bus et de tram. Par rapport à la situation actuelle, à partir de lundi 19 octobre, cette obligation sera étendue aux personnes qui se trouvent sur les quais et dans les gares, les aéroports et les zones d’accès aux transports publics. 

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Selon le communiqué, le port du masque est désormais aussi obligatoire dans les lieux clos accessibles au public tels que magasins, centres commerciaux, banques, offices de poste, musées, bibliothèques, cinémas, théâtres, salles de concert, espaces clos des jardins botaniques et des parcs zoologiques, restaurants, bars, discothèques, salons de jeux, hôtels, halls d’entrée et vestiaires des piscines, des salles de sport et des centres de fitness, cabinets médicaux, hôpitaux, lieux de culte, centres de conseil et maisons de quartier. Il est également obligatoire dans toutes les parties de l’administration publique accessibles à la population.

-Dans les écoles obligatoires, les établissements de formation des degrés secondaire II et tertiaire, les structures d’accueil extrafamilial pour enfants et les zones d’entraînement des salles de sport et de fitness, le port du masque est obligatoire uniquement s’il est prévu dans les plans de protection correspondants.

Réglementation des manifestations privées

-Les manifestations privées de plus de 15 personnes seront également réglementées. La règle est désormais qu’il faut être assis pour consommer. L’organisateur devra garantir le respect des règles d’hygiène et collecter les coordonnées des participants.

-Les manifestations privées réunissant plus de 100 personnes devront disposer d’un plan de protection, comme les manifestations publiques. Elles devront en outre n’avoir lieu que dans des établissements accessibles au public.

-Dans l’espace public, notamment sur les places, les lieux de promenade et dans les parcs, les rassemblements spontanés de plus de 15 personnes seront interdits. Cette règle devrait notamment empêcher que des événements privés aient lieu dans l’espace public. Les manifestations politiques ou de la société civile sont toujours autorisées, à condition que les participants observent les mesures de protection usuelles.

-Par ailleurs, dans les restaurants, les bars ou les boîtes de nuit, il ne sera permis de consommer qu’en étant assis.

-Une nouvelle disposition y recommande de recourir au télétravail. Les employeurs sont tenus de respecter les recommandations de l’Office fédéral de la santé publique en la matière. Cette recommandation ne concerne pas les écoles, un domaine qui est de la responsabilité des cantons, selon Alain Berset. Cette mesure se traduira pas une réduction du trafic dans les transports publics. Mais Simonetta Sommaruga précise que le sujet n'était pas en discussion dimanche.

Les critiques des milieux économiques

Les critiques se multiplient à l'égard des mesures de contrainte prises par les autorités. Hans-Ulrich Bigler, directeur de l'Union suisse des arts et métiers (Usam) qualifie d'«incompréhensible» le fait que le Conseil fédéral prenne de nouvelles mesures valables pour l'ensemble du territoire. Il avertit, dans la SonntagsZeitung, que les chiffres d'affaires vont plonger. Il s'oppose par exemple à une obligation de port du masque dans les petits magasins, car ils ne serviraient à rien dans ce contexte.

Par ailleurs un «comité contre les excès» a été mis sur pied, sous la direction de Marcel Dobler, membre fondateur de l'entreprise Digitec, membre de la direction d'Economiesuisse et conseiller national PLR. Dans la SonntagsZeitung, Marcel Dobler estime que les sceptiques sont plus nombreux qu'on le pense et que les mesures des autorités signeront «l'arrêt de mort de beaucoup d'entreprises et d'emplois».

Manifestation à Berne

Dimanche, par ailleurs, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées sur la Place fédérale à Berne pour protester contre la politique de la Confédération liée au coronavirus, selon l'ATS. Certains manifestants, qui s'intitulent eux-mêmes «rebelles du corona», ont été emmenés par la police.

Berne: interdiction des manifestations de plus de 1000 personnes

Enfin, le canton de Berne interdit à nouveau dès lundi les grandes manifestations, au vu de la hausse du nombre de contaminations par le coronavirus et des décisions annoncées par le Conseil fédéral, selon l'ATS. Il n'est donc plus possible pour l'heure d'organiser de manifestations comptant plus de 1000 personnes.

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