La décision du Conseil fédéral de faire détruire des «plans détaillés pour la fabrication d'armes nucléaires» ainsi que des «systèmes de guidage de missiles» saisis par la justice pénale a été accueillie par un concert de critiques. Plusieurs experts en matière de politique de sécurité estiment néanmoins que le Conseil fédéral avait de bonnes raisons d'agir et qu'on ne saurait affirmer que le gouvernement s'est «couché» devant les Etats-Unis et la CIA. Parmi eux, Kurt Spillmann.

Le Temps: Que pensez-vous de la décision du gouvernement?

Kurt Spillmann: L'activité des services de renseignement est constamment confrontée au dilemme entre les impératifs de la politique de sécurité et la nécessaire transparence de l'Etat de droit. Je présume qu'il existait en l'occurrence des raisons extrêmement sérieuses pour que le Conseil fédéral agisse ainsi. Je crois qu'il a pris une décision très difficile en connaissance de cause. Je suis évidemment profondément persuadé de la valeur de l'Etat de droit, mais il faut être conscient de certains enjeux.

- Le gouvernement a invoqué la nécessité de faire disparaître ces documents pour éviter qu'ils ne tombent entre de mauvaises mains. Est-ce crédible?

- Je crois plus vraisemblablement que ces documents pouvaient contenir surtout des sources, des listes de noms qui méritaient une protection. C'est une nécessité pour le travail des services de renseignement.

- La gauche, mais pas seulement, fustige le Conseil fédéral pour avoir plié devant la CIA et les Etats-Unis... - C'est une réaction extraordinairement naïve. Je ne crois pas qu'on puisse dire cela. En termes de politique de sécurité, il est nécessaire que la Suisse coopère avec la CIA. La Suisse n'est pas membre de l'UE, elle n'a donc pas accès au flux d'informations entre les pays de l'UE, elle n'est pas membre de l'OTAN non plus, elle a peu de moyens pour se procurer elle-même du renseignement, mais elle a le devoir de le faire pour défendre sa souveraineté.