Les premières expériences l'ont démontré: les régions périphériques engrangent moins de bénéfices que les régions urbaines lorsqu'une entreprise d'Etat est libéralisée. Prenons l'exemple des télécommunications: les emplois supprimés par Swisscom se répartissent certes sur l'ensemble du territoire, mais ceux nouvellement créés par ses concurrents ont tendance à se concentrer dans les zones urbaines. Conscient des dangers que recèle ce transfert d'emplois, Moritz Leuenberger avait promis, en avril déjà, que des mesures d'accompagnement seraient prises pour venir en aide aux cantons de montagne.

Le Conseil fédéral a arrêté ce train de mesures-tampons mercredi. Il s'agit d'une série de coups de pouce qui représentent un investissement de 80 millions répartis sur quatre ans (2001-2004). Les aides visent avant tout la formation, l'assistance au placement, l'encouragement à la création d'entreprise, la promotion touristique et la réaffectation de bâtiments abandonnés par Swisscom, La Poste ou les CFF dans le cadre de leur propre restructuration. «Il faut par exemple mettre l'accent sur des ateliers d'apprentissage dans les domaines des nouvelles technologies et de la communication, ou prendre en charge la transformation d'immeubles devenus superflus», précise Moritz Leuenberger. «Nous n'allons pas maintenir artificiellement des activités qui n'ont pas d'avenir», promet-il.

Le Conseil fédéral a défini le territoire qui profitera de ces mesures d'accompagnement. Il s'agit de sept cantons complets – Uri, Soleure, le Tessin, les Grisons, Saint-Gall, le Valais et le Jura – ainsi que les secteurs de Suisse romande qui sont déjà couverts par la loi sur l'aide à l'investissement dans les régions de montagne (LIM), à savoir, dans les grandes lignes, le Jura bernois, le Nord vaudois, la vallée de Joux, les Montagnes neuchâteloises, le Val-de-Travers, le Val-de-Ruz et les Préalpes fribourgeoises. Cela représente 55% du territoire national et 27% de la population.

Ce découpage se rapproche sensiblement de celui qui est couvert par l'arrêté Bonny, que le Conseil fédéral a l'intention de reconduire pour cinq années supplémentaires. Il a mis son projet en consultation ce printemps. Celui-ci a obtenu le même accueil que par le passé: soutien sans faille des cantons de l'Arc jurassien, approbation des cantons de montagne, appui de la gauche, mais, à l'opposé, méfiance totale de l'UDC, de l'Union suisse des arts et métiers (Usam et des associations économiques stationnées sur les bords de la Limmat. De son côté, le PDC, dont on connaît l'ancrage dans le granit alpin, estime que la reconduction de l'arrêté Bonny ne suffit pas et que des mesures supplémentaires sont nécessaires.

Le plan d'action proposé mercredi répond en partie à cette attente, puisqu'il vise principalement à renforcer les aides déjà existantes, c'est-à-dire, principalement, l'arrêté Bonny et la LIM. Dans le premier cas, une nouvelle mesure consiste à favoriser la collaboration entre les entreprises dans le cadre de pépinières, de bureaux de conseil en innovation ou de transfert de technologie. Dans le second cas, le crédit accordé pour le développement des infrastructures doit être augmenté de manière substantielle. Dans le domaine du tourisme, le Conseil fédéral propose d'augmenter de 8 millions le crédit de 17,2 millions déjà existant. Celui-ci n'a pas été affecté en totalité, car, comme il est lié aux résultats, certains projets n'ont pas pu en bénéficier parce qu'ils n'étaient pas assez mûrs.

Le Conseil fédéral souhaite s'assurer que ces 80 millions seront utilisés à bon escient. Il a nommé un groupe de pilotage composé de représentants du département de Moritz Leuenberger, du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), du Département des finances, des trois entreprises concernées, de l'Office de la formation professionnelle et des cantons. A terme, et comme l'ont demandé quelques cantons lors de la consultation sur la prolongation de l'arrêté Bonny, c'est la nouvelle péréquation financière qui pourrait se charger de gommer les disparités entre cantons, estime le ministre de l'Economie, Pascal Couchepin.