Pour un quotidien alémanique, il pose torse nu, cheveux au vent. Dans un hebdomadaire romand, il raconte sa première rencontre avec sa femme. Depuis trois semaines, Oskar Freysinger s’autoproclame candidat au Conseil fédéral dans la presse. L’UDC valaisanne a déposé ce mardi la candidature de son père fondateur auprès du parti suisse avec cet argument: «Si le peuple pouvait élire le Conseil fédéral, Oskar Freysinger aurait toutes ses chances.» Mais dans un premier temps, c’est la commission de sélection de l’UDC qui composera son ticket, puis les chambres fédérales voteront. Le candidat le reconnaît lui-même: «mon franc-parler est à la fois une force face au peuple et une faiblesse dans les cercles politiques».

Lire aussi l'éditorial: «Le Conseil fédéral n’a pas besoin d’un UDC romand»

Au jeu qui fait les conseillers fédéraux, les relations d’Oskar Freysinger avec les droites dures d’Europe pourraient peser plus lourd que son CV bien rempli. En 2013, Christoph Blocher avait remis le vice-président de l’UDC suisse à l’ordre, déclarant qu’il avait été «rendu attentif au fait qu’il devait faire attention à ses fréquentations». Après le succès de l’initiative populaire qui a interdit les minarets, Oskar Freysinger avait été accueilli en Belgique par le nationaliste Filip Dewinter, leader du parti d’extrême droite flamand. Il avait aussi assisté aux «Assises sur l’islamisation de l’Europe» organisées, entre autres, par un mouvement d’extrême droite, le bloc identitaire.

L’année suivante, il invitait l’islamophobe néerlandais Geert Wilders en Valais. Avant de finalement le rencontrer à La Haye. Pour le président du PDC suisse, Christophe Darbellay, Oskar Freysinger n’est pas éligible à cause de ses relations: «Un ministre à ce point acoquiné avec l’extrême droite constituerait un obstacle supplémentaire aux relations de la Suisse avec l’Europe, alors que nous devons trouver des solutions dans un contexte difficile.»

Lire aussi: Ces conseillers fédéraux romands qui ont marqué le pays

Oskar Freysinger dénonce l’ostracisme dont lui et ses interlocuteurs «souffrent»: «si parler avec ces gens rend inéligible, nous vivons dans un système totalitaire». Ces derniers jours, il s’est rendu en France et en Allemagne. A Essen, il a donné une conférence devant les membres de l’AfD, l’Alternative pour l’Allemagne, un parti eurosceptique et conservateur. Pour lui, il s’agit de «promouvoir la démocratie directe dans une Europe totalitaire». Il affirme que «la Suisse ne pourra négocier avec l’Europe que si elle devient plus démocratique». Dans cette démarche, il a tout le soutien du président de l’UDC valaisanne, Jérôme Desmeules, qui juge que «la Suisse sera plus forte si elle n’est pas isolée face à l’Europe». Il ajoute: «les eurosceptiques sont des partenaires qui comptent dans leurs pays respectifs».

Face à Guy Parmelin, qui se présente comme le candidat de l’Arc lémanique, Oskar Freysinger se vend comme le candidat des cantons alpins, et comme celui qui défend «des positions plus tranchées sur les thèmes fondamentaux de l’UDC». Il juge que «le Conseil fédéral n’a pas besoin de gentils, mais d’hommes de caractère, capables de montrer les dents quand il faut s’adresser à l’Europe». Face à cette rhétorique offensive, la vice-présidente du PLR, Isabelle Moret, ne cache pas sa préférence pour Guy Parmelin, «un homme qui maîtrise ses dossiers», et qui «saura défendre la position majoritaire du Conseil fédéral sur les bilatérales». Au «verbe haut» du Valaisan, elle oppose le «discours rond» du Vaudois. En expliquant que les relations d’Oskar Freysinger avec la droite dure européenne «font partie de ses points négatifs», elle estime que «le style provocateur qu’il a développé au parlement lui portera préjudice face à l’assemblée fédérale».

L’exercice de la candidature à la candidature peut sembler schizophrénique. Dans les mots d’Oskar Freysinger: «On a l’impression qu’il faut être de la ligne dure pour passer dans le parti et de la ligne molle pour passer devant l’assemblée». Alors il insiste sur la collégialité dont il a fait preuve durant trois ans au gouvernement valaisan. Parce qu’il a «fondé sa vie sur le verbe», il admet qu’il a parfois souffert de devoir se taire.

Format interactif: A l'UDC, 12 papables pour un deuxième siège


Guy Parmelin: «Une course d'obstacles»

Les délégués de l’UDC vaudoise se sont réunis mercredi soir pour valider la candidature de Guy Parmelin à l’élection au Conseil fédéral. Les présidents fribourgeois, neuchâtelois et genevois du parti sont venus soutenir le Vaudois. Mais aussi Yvan Perrin, pour sa première apparition publique depuis sa convalescence. Le rendez-vous était purement formel: aucune voix ne s’est opposée à la candidature de Guy Parmelin. «Je me lance dans cette course d’obstacles en ayant conscience des défis à vernir. J’ai besoin de votre appui sur le point moral», a souligné le prétendant. Le parti a choisi de se rassembler au Centre Général-Guisan à Pully, invoquant l’aura «unificatrice» du général, représentant de l’esprit «d’indépendance et de liberté» de la Suisse. C’est que l’événement revêtait une charge symbolique particulière pour la section vaudoise de l’UDC, au lendemain d’une campagne électorale marquée par les querelles intestines. La formation sujette aux guerres d’ego espère resserrer les rangs autour de la figure hybride de Guy Parmelin, à la fois héritier de l’aile agrarienne et totalement acquis à la ligne blochérienne du parti.

Par Céline Zünd