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Quatre des sept conseillers fédéraux se retireront d’ici à fin 2019. 
© Alexandra Wey/Keystone

succession

Conseil fédéral: un jeu de chaises musicales en trois temps

Après les Affaires étrangères de Didier Burkhalter, trois autres départements se libéreront dans les trente mois à venir. Mais l’heure du choix pour les deux conseillers fédéraux socialistes, c’est maintenant

Qui sera le futur ministre des Affaires étrangères? Cette question ne peut être dissociée d’une autre: qui reprendra les trois autres départements qui vont se libérer d’ici à décembre 2019? Idéalement, une coordination des retraits du gouvernement facilite les discussions sur la répartition des portefeuilles entre les ministres et les partis qu’ils représentent. Seulement voilà: la décision de quitter le Conseil fédéral est le fait du prince. Chacun est libre de faire comme il l’entend. Didier Burkhalter a surpris tout le monde en annonçant sa sortie pour le 31 octobre, seul.

Lire aussi: Comment éviter une quadruple succession en 2019

Episode 1: le DFAE est à prendre

Puisque le Neuchâtelois part seul, il va falloir doter le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) d’un nouveau chef. L’affaire se jouera entre le nouvel élu – ou la nouvelle élue si c’est Isabelle Moret, mais elle paraît la moins bien placée des trois concurrents – et Alain Berset, que l’on sent attiré par un déménagement ministériel.

Le Conseil fédéral se réunira dans sa nouvelle composition le 22 septembre, soit deux jours avant le scrutin, capital pour le ministre de l’Intérieur, sur la Prévoyance vieillesse 2020. Est-il envisageable de reporter cette séance, qui, selon la Chancellerie, se fait «en principe dans les jours qui suivent l’élection»? Cela paraît peu probable. En d’autres termes, Alain Berset devra se déterminer sans connaître le sort de la réforme des retraites. Plusieurs éléments seront pris en compte.

D’une part, son envie personnelle. Après plus de six ans à la tête du Département de l’intérieur (DFI), un ministère qui traite de dossiers qui ne figuraient pas parmi ses principaux centres d’intérêt lorsqu’il était parlementaire, il peut éprouver le besoin de faire autre chose. Les affaires du monde semblent l’attirer.

Mais, selon nos informations, la direction du parti n’est guère motivée à le voir partir. D’une part, on estime au PS que le moment serait venu de confier les affaires européennes à une personnalité de la droite alémanique. Or, depuis la Première Guerre mondiale, seuls deux Alémaniques ont exercé cette charge: Friedrich Wahlen (PAB, 1961-1965) et Willy Spühler (PS, 1966-1970).

D’autre part, le PS ne souhaite pas lâcher les Affaires sociales et la Santé. Cela dit, même si ce scénario n’est pas celui que l’on évoque le plus souvent, une rocade avec Simonetta Sommaruga est envisagée par certains observateurs. Alain Berset passerait au DFAE, Simonetta Sommaruga, à la tête du Département de justice et police (DFJP) depuis 2010, reprendrait le DFI et le nouvel élu hériterait du DFJP.

Il se trouve que les profils des trois candidats à la succession de Didier Burkhalter correspondent au poste. Pierre Maudet s’est fait le champion de la sécurité. Ignazio Cassis connaît parfaitement la situation migratoire particulière du Tessin et serait à même de discuter de ces questions avec le grand voisin du sud dans sa langue maternelle. Enfin, Isabelle Moret siège à la Commission des institutions politiques, qui traite de l’asile et du droit des étrangers.

Episode 2: dispute autour des Infrastructures

Toutefois, il est nécessaire de prendre en compte le fait que les départements de l’Environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC), des Finances (DFF) et de l’Economie et de la formation (DEFR) se libéreront eux aussi d’ici à 2019. Le DETEC pourrait même se chercher un nouveau titulaire dans le courant de l’année prochaine, si l’on en croit la rumeur persistante qui prédit un départ de Doris Leuthard en 2018 déjà.

Lire aussi: Doris Leuthard, une machine à gagner

Or, ce département tentaculaire est l’un des plus convoités, car il touche à toutes les infrastructures du pays, à l’environnement, au climat, à l’énergie. La démocrate-chrétienne l’avait repris des mains du socialiste Moritz Leuenberger, qui, lui, avait mis un terme à quinze ans d’hégémonie UDC. Ce puissant ministère éveillera de multiples envies.

Guy Parmelin n’a jamais fait mystère de son intérêt pour le DETEC. Trop occupé à la réorientation qu’il souhaite donner au Département de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) et à l’armée, il ne va pas bouger cette année. Cela pourrait être différent lorsque le DETEC deviendra libre. Mais celui-ci pourrait aussi intéresser l’un des deux socialistes. Dans ce cas, il n’y aurait pas de grand roque cette année.

Episode 3: du sang neuf aux Finances et à l’Economie

Ueli Maurer (66 ans) et Johann Schneider-Ammann (65 ans) prendront leur retraite en 2019. Il faudra alors réattribuer le DFF et le DEFR. Or, l’histoire démontre que ces deux secteurs politiques sont très rarement confiés à la gauche. La majorité de droite se méfie d’orientations trop étatistes.

C’est vite résumé: aucun socialiste n’a jamais dirigé l’Economie et le dernier à avoir piloté les Finances, Otto Stich, a laissé un si mauvais souvenir à droite que plus aucun membre du PS n’en a eu la charge depuis son départ en 1995. Et il paraît peu probable que la position du PLR et de l’UDC, majoritaires au gouvernement, change ces deux prochaines années.

L’heure du choix des deux ministres socialistes, c’est donc maintenant. Alain Berset et Simonetta Sommaruga savent que s’ils veulent changer, ils doivent le faire cette année ou au plus tard au moment de la reprise des dossiers de Doris Leuthard. Cette situation est d’ailleurs l’un des éléments avancés par ceux qui pensent qu’Alain Berset doit saisir l’occasion de prendre la tête de la diplomatie suisse et d’aller humer l’air du monde.

Dossier
Succession de Didier Burkhalter: l'élection d'Ignazio Cassis au Conseil fédéral

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