Election

Conseil fédéral: comment un Romand s’est retrouvé élu

Si Christophe Darbellay et Christian Levrat n’avaient pas revendiqué publiquement une candidature latine, Guy Parmelin ne serait peut-être pas conseiller fédéral aujourd’hui

C’est probablement le 7 octobre que s’est esquissée l’élection de Guy Parmelin. Ce jour-là, les présidents du PDC, Christophe Darbellay, et du PS, Christian Levrat, invitaient l’UDC, dans les colonnes de La Liberté, à «présenter un candidat venant d’une minorité linguistique». «Un parti qui aurait deux sièges au Conseil fédéral occupé par deux Alémaniques, ça ne me paraît pas très respectueux des valeurs de ce pays», précisait Christophe Darbellay.

Cette déclaration était une provocation. Les Latins n’ont eu qu’occasionnellement plus de deux représentants au Conseil fédéral. Il y a donc souvent eu deux conseillers fédéraux alémaniques du même parti en même temps. Comme Christoph Blocher et Samuel Schmid pour l’UDC entre 2003 et 2007. Comme Kurt Furgler et Hans Hürlimann, puis Alphons Egli pour le… PDC entre 1971 et 1986.

Cette provocation a cependant fait son chemin. Elle a motivé les sections romandes de l’UDC à lancer Guy Parmelin et Oskar Freysinger dans la course. Et elle a surtout été prise au mot par le comité du groupe parlementaire UDC, qui, le 16 novembre, recommandait au groupe de «soumettre à l’Assemblée fédérale un ticket à trois candidats avec un représentant de Suisse romande, du Tessin et de Suisse alémanique». Cinq jours plus tard, la députation fédérale de l’UDC confirmait cette option et la concrétisait en plaçant les noms de Guy Parmelin, de Norman Gobbi et de Thomas Aeschi sur son ticket de candidats.

Auditions peu brillantes

A partir de là, l’UDC a perdu le contrôle de la manœuvre et, pour certains membres du parti visiblement déçus du choix de l’Assemblée fédérale mercredi, pris le risque de favoriser Guy Parmelin par rapport au candidat alémanique Thomas Aeschi. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certains démocrates du centre, comme le Grison Heinz Brand, ont vainement tenté de relancer l’idée d’ajouter un quatrième nom, forcément alémanique, sur le bulletin des candidats présentés à l’Assemblée fédérale.

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C’est un euphémisme de dire que Guy Parmelin n’a pas brillé durant les auditions. Ses insuffisances linguistiques, la façon naïve avec laquelle il a présenté son expérience de caporal à l’armée comme un bagage comparable à celui d’un pouvoir exécutif ont soulevé bien des interrogations.

Thomas Aeschi n’a pas su capitaliser sur les faiblesses de son rival. Il s’est certes présenté comme un jeune consultant dynamique présentant une belle carte de visite internationale, mais il a donné l’impression d’adapter parfois son discours à son auditoire dans le but de rassurer ceux qui avaient des doutes à son sujet. Guy Parmelin n’a pas varié le sien d’un iota, donnant l’image d’un homme honnête, fiable, presque prévisible. Il a donné le sentiment de mieux pouvoir se fondre dans le moule fédéral.

Du coup, Guy Parmelin a été plus rassurant que Thomas Aeschi. «Il a reconnu avoir glissé à droite depuis son arrivée au parlement en 2003. Il n’est donc pas exclu qu’il parvienne à se recentrer en faisant son entrée dans le collège gouvernemental», espère un membre influent d’une autre formation politique. Thomas Aeschi n’a pas donné ce sentiment. Au PS, on craignait surtout que cet apôtre de la rigueur financière ne vienne appliquer des recettes toutes faites à la gestion du budget fédéral.

Lire notre interview: «Il faut économiser dans la culture»

«Le moindre mal»

Ces comparaisons expliquent le fait que Guy Parmelin ait passé l’épaule en seulement trois tours. Il n’a pu obtenir son résultat de 138 voix qu’avec les voix de la gauche, les 88 suffrages récoltés par son jeune rival zougois ne pouvant provenir que de la droite. «Avec Guy Parmelin, nous avons opté pour le moindre mal», a déclaré mercredi Christian Levrat dans un commentaire qui en dit long sur le poids exercé par le PS sur le résultat de l’élection. Il explique aussi pourquoi la gauche a finalement renoncé au plan consistant à soutenir l’outsider Thomas Hurter.

«Nous n’aurions jamais pensé que nous pourrions aussi rapidement faire élire un représentant de la Suisse romande», réagissait de son côté le président de l’UDC, Toni Brunner. Mais l’acte est-il réellement volontaire? Nombreux sont ceux qui en doutent et pensent que l’objectif réel de la direction de l’UDC était de faire passer un Alémanique.

Double jeu

L’issue du scrutin aurait probablement été différente si les candidatures présentées par l’UDC avaient eu un autre visage. «Heinz Brand aurait été un concurrent beaucoup plus sérieux pour Guy Parmelin», constate un élu. La présence d’un second Alémanique sur le ticket du parti aurait également mis Guy Parmelin en difficulté. Et, sans l’injonction formulée au début du mois d’octobre par Christophe Darbellay et Christian Levrat, l’idée de retenir la candidature du Vaudois n’aurait peut-être même pas effleuré la direction de l’UDC.

Cela démontre que les attentes envers le nouveau conseiller fédéral sont grandes au centre et à gauche. On espère qu’il saura se distancier de l’UDC pour privilégier l’intérêt général de l’Etat. «Il sera rapidement en délicatesse avec son parti», pronostique un parlementaire convaincu, comme Christian Levrat, que l’UDC continuera, malgré ses deux conseillers fédéraux, à jouer le double jeu du gouvernement et de l’opposition.

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