Le Conseil fédéral veut autoriser les jeux de hasard en ligne. Il a décidé mercredi d’assouplir la loi sur les maisons de jeu, ouvrant ainsi la voie à la création de casinos virtuels basés en Suisse. Candidate, en 2001, à la création de casinos «réels», la Loterie romande ne postulera pas.

Actuellement, si les joueurs qui misent de l’argent sur des sites internet ne sont pas pénalisés, les opérateurs, eux, se placent dans l’illégalité. Mais la lutte contre les sociétés qui proposent des plateformes de jeu est réduite à la portion congrue. Seules les loteries sont autorisées à proposer leurs produits, comme l’Euro Millions ou le Sporttip, aux internautes. Dans leur cas, la situation ne devrait pas changer: ce mercredi aussi, la Conférence des directeurs cantonaux chargés des loteries a transmis à Eveline Widmer-Schlumpf un rapport dans lequel elle défend l’exploitation des loteries et paris sur la Toile par les seules Swisslos et Loterie romande.

Dans le cas des casinos, le gouvernement a écouté les propositions de la commission fédérale des maisons de jeu (CFMJ). Pour le directeur du secrétariat de la CFJM, Jean-Marie Jordan, il faut «offrir une prestation aux joueurs suisses, sous la forme d’un jeu contrôlé, dans un environnement stable». Les casinos virtuels seront soumis aux mêmes règles que les maisons de jeu, à commencer par le régime de la concession. Une fourchette de cinq à dix sites est évoquée. Ils ne pourraient accueillir que des joueurs basés en Suisse, selon un principe de territorialité.

La CFJM a élaboré plusieurs scénarios, le plus restrictif allant jusqu’à interdire l’accès à des sites de jeu étrangers. Cette mesure, calcule la commission, pourrait générer jusqu’à 174 millions de francs pour les nouveaux bandits manchots vituels suisses. Un modèle plus mesuré, sans fermeture des frontières virtuelles, laisse augurer un marché de 115 à 139 millions: «C’est donc un volume important qui disparaîtra du circuit des jeux illégaux», plaide Jean-Marie Jordan. La CFMJ propose d’instaurer un taux d’imposition de 15%, moindre que les 53% des recettes en moyenne des maisons de jeux, dont les profits demeurent nettement plus importants. Dans ce cas, les jeux en ligne rapporteraient quelque 26 millions de francs à la Confédération. Le produit fédéral des jeux est attribué à l’AVS.

A la Loterie romande (LoRo), le directeur général Jean-Luc Moner-Banet concède qu’il n’est «pas pleinement satisfait» de voir arriver cette nouvelle concurrence. Chahutée sur le front des loteries, la LoRo encourage la récolte de signatures pour une initiative défendant les monopoles d’utilité publique. A propos des développements en ligne, l’analyse est plus modérée. «Nous saluons le fait que les cantons confortent les loteries. Pour les casinos, l’essentiel est sauvé, on a évité une libéralisation sauvage, d’autant que le Conseil fédéral déclare vouloir lutter contre les jeux illégaux.»

Mais attention, prévient Jean-Marie Jordan: les opérateurs étrangers ne pourront toujours pas être poursuivis. A plus forte raison s’ils agissent depuis des Etats qui tolèrent ces jeux et qui, au sein de l’UE, ne sont pas contestés par d’autres nations – Malte, par exemple. Les autorités helvétiques ne pourront agir qu’en traçant des serveurs ou des comptes basés en Suisse. Les pays qui se montrent plus acharnés dans la lutte contre les sites illégaux, comme les Etats-Unis, recourent au blocage d’adresses IP voire de flux de paiements par les cartes de crédits des joueurs.

Naguère candidate à l’ouverture de casinos, la LoRo ne postulera pas pour des roulettes en ligne, indique Jean-Luc Moner-Banet, car «nous ne sommes pas des professionnels des casinos». La société compte en revanche augmenter son offre sur la Toile. En France, où s’amorce une libéralisation comparable, les groupes Barrière et Partouche trépignent d’impatience pour ouvrir leurs salons de jeux virtuels. Tous deux sont présents en Suisse romande.