AnalyseSolennité, mercredi soir à Diesse, bourgade à l'ombre du Chasseral. Vingt-trois des vingt-quatre élus - le radical Walter von Kaenel s'était fait excuser - d'une institution inédite en Suisse, le Conseil du Jura bernois, ont longuement posé pour les photographes. Un «instant historique», selon le président Jean-Jacques Schumacher, âme durant neuf ans d'un autre cénacle spécifique à la région, l'Assemblée interjurassienne.

Ainsi est né un conseil élu par une minorité linguistique - les francophones du Jura bernois représentent un peu plus de 5% du canton de Berne - auquel le pouvoir cantonal délègue des compétences culturelles, de coordination scolaire avec la Suisse romande et de coopération interrégionale.

Ce conseil sera-t-il une assemblée alibi, une «coquille vide», comme l'ont qualifié les sceptiques, ou la panacée pour permettre à une minorité de préserver son identité?

A première vue, le cadre légal apparaît étroit. La formule «délégation de compétences culturelles» signifie distribution annuelle d'environ 2 millions de subventions aux associations culturelles. Ce que fait à satisfaction une fonctionnaire. Les milieux culturels ont dit leur crainte d'avoir affaire à 24 stratèges culturels songeant davantage à satisfaire leurs électeurs qu'à encourager une politique culturelle cohérente.

Une région tiraillée entre deux pôles

Autre souci: le Conseil du Jura bernois est invité à être la «voix des francophones». Les 24 élus devront-ils toujours être d'accord entre eux et s'aligner derrière de mièvres compromis, ou oseront-ils débattre, confronter leurs idées, au risque de se voir reprocher des polémiques et des calculs?

«Le Conseil du Jura bernois sera ce que nous voudrons bien qu'il soit», affirme Jean-Jacques Schumacher. Ajoutant, en se souvenant qu'il est membre d'un groupement intitulé «Avenir du Jura bernois», qui revendiquait il n'y a pas si longtemps une «large autonomie»: «J'aurais souhaité que notre statut soit plus généreux.» Pourtant réputé pour sa prudence, le président invite ses collègues à s'extirper du carcan légal.

Tiraillé entre Berne et le Jura, peu enclin à jouer les va-t-en-guerre et dépourvu de culture politique, le Jura bernois sait pleurnicher et dire ce qu'il ne veut pas. Inversion des rôles avec la création du Conseil: il peut construire, en collaboration avec ses voisins jurassiens, neuchâtelois et biennois, son propre projet politique.

Le Conseil est un outil sur lequel se sont rués 122 candidats de tous les partis - les Verts exceptés. Les vingt-quatre élus sont légitimés à faire de la politique. Ils s'y sont essayés dès la séance inaugurale, offrant le siège de l'institution à La Neuveville (LT du 07.06.2006) et en élisant le sage Jean-Jacques Schumacher à la présidence, infligeant au passage deux camouflets.

Le premier aux partisans du siège à Bévilard, représentant les milieux économiques; le second aux socialistes qui briguaient la présidence.

Mais le Conseil a su oublier ses bringues politiciennes pour cibler les intérêts du Jura bernois qu'il défendra: il s'aligne aux côtés des ouvriers de Swissmetal Boillat, veut voir se terminer rapidement la Transjurane et ne laissera pas s'envoler ses HES. Une mise en train prometteuse.