Le projet de Faculté genevoise des sciences de l'environnement et du développement durable a fait long feu. Mercredi soir, le Conseil de l'Université l'a refusé par 11 non, 4 oui et 5 abstentions (LT du 02 et 03.03.2005). Il a en revanche approuvé l'élaboration d'un enseignement spécifique dans le domaine environnemental et charge désormais le recteur de l'Université, André Hurst, de trouver une autre forme adéquate pour accueillir un tel enseignement. Un institut ou un centre spécialisé, par exemple.

La prise de position du Conseil de l'Université constitue le troisième échec dans la tentative de mettre sur pied une structure à part entière dans le domaine des sciences de l'environnement. Luc Thévenoz s'est fait le chantre des détracteurs du projet. Le professeur de droit se demande pourquoi Genève vise à donner naissance à une telle faculté alors que l'Université de Lausanne et l'Ecole polytechnique fédérale ont toutes deux développé une faculté dans les sciences de l'environnement. A ses yeux, les moyens dont dispose l'alma mater genevoise ne permettront pas de concurrencer des pôles beaucoup plus forts, tels que le Polytechnicum de Zurich, qui échafaude un projet impliquant pas moins de soixante professeurs. Victoria Curzon-Price n'est pas plus enthousiaste: «Une nouvelle faculté serait un projet extrêmement ambitieux qui coûterait trop cher et verrait le jour au détriment d'autres facultés.»

Représentant la société civile au sein du Conseil de l'Université, Marie-Laure François estime que la problématique a été empoignée par le mauvais bout: «Nous sommes à la recherche d'une structure absente. C'est la preuve que l'idée n'est pas assez mûre. Commençons plus modestement par nous focaliser sur ce que l'on veut enseigner.» Ces prises de position s'ajoutent aux votes négatifs du collège des professeurs des Facultés des sciences ainsi que des sciences économiques et sociales (SES). Après le vote de SES, les scientifiques ont eux aussi mis les pieds au mur: ils ont refusé par 55 voix contre 2 le projet de huitième faculté.

Face à ce flot de critiques, le recteur de l'Université est monté au créneau. «Une faculté n'est pas par définition quelque chose de rigide. Pas plus qu'un institut.» André Hurst a en outre rappelé une réu­nion qui s'est tenue à Nyon le 14 mars dernier, où aussi bien le président de l'EPFL que le recteur de l'Université de Lausanne se sont dits favorables à la création de la faculté genevoise. «Un ensemble de trois facultés lémaniques des sciences de l'environnement aurait beaucoup plus de poids à Berne», souligne André Hurst. Contacté par Le Temps voici quelques jours, le doyen de la Faculté de l'environnement naturel, architectural et construit de l'EPFL, Laurent Vulliet, ne le cachait pas: «Il y a de la place pour Genève.»

Membre du groupe de travail ayant élaboré le projet, le professeur Beat Bürgenmeier, qui n'assistait pas à la séance d'hier, jugeait cette huitième faculté nécessaire: «Nous avons des compétences dans le domaine de l'eau, nous pouvons profiter de la présence des organisations internationales. De plus, une telle faculté permettrait de développer les multiples problématiques liées à la régulation ou à la technique juridique en matière environnementale.»

Si les partisans de la huitième faculté n'ont plus que les yeux pour pleurer, ils pensent néanmoins que cette faculté aurait offert la possibilité d'introduire un nouveau mode de gestion au sein de l'université: la gestion par projets auxquels on alloue un budget en fonction des objectifs à atteindre. «L'idée n'était pas de créer un monstre, conclut Beat Bürgenmeier, mais je crains que, si l'on se contente d'utiliser les deniers publics pour maintenir le statu quo et qu'on refuse toute proposition d'innovation, on n'aille vers une crise institutionnelle.»