La retraite flexible bute encore et toujours sur la question de son coût et de son financement. Jeudi, le Conseil national en a admis le principe et a ainsi lancé une pierre dans le jardin de Pascal Couchepin, qui privilégie désormais un modèle réduit de flexibilité sous la forme d'une rente-pont. Le Conseil fédéral est prêt à investir 400 millions dans ce modèle, qui profiterait en premier lieu aux personnes invalides entre 40 et 70%, aux chômeurs en fin de droit et, si la somme mise à disposition suffit, aux travailleurs exerçant un métier pénible, par exemple dans la construction.

Le National ne s'est pas prononcé sur cette proposition, que Pascal Couchepin ne soumettra pas au parlement avant plusieurs mois. Il avait en revanche à donner son avis sur une variante de retraite flexible calculée en fonction des années de cotisation, en l'occurrence quarante. Déposé sous la forme d'une initiative parlementaire par le socialiste valaisan Stéphane Rossini, ce modèle permet aux gens qui commencent à cotiser tôt de prendre leur retraite plus rapidement que ceux qui suivent une longue formation. Surtout, souligne Stéphane Rossini, «il tient compte de la pénibilité du travail et de l'inégalité devant la mort et l'invalidité». Il fait allusion aux métiers éprouvants qui ne permettent pas de les exercer jusqu'à 65 ans.

Coût estimé à 1,5 milliard par an

Ces gens-là devraient pouvoir cesser de travailler à 62 ans sans avoir à subir une réduction de rente. Sa proposition prévoit la préretraite dès 60 ans. Pascal Couchepin s'y oppose. «Ce modèle aboutit à la généralisation de la retraite à 62 ans. Il est vrai que la proportion de ceux qui travaillent jusqu'à 65 ans diminue. Mais est-ce une raison pour dire que 100% de la population ne doit plus travailler après 62 ans?» critique-t-il. Au terme du débat, Stéphane Rossini s'est étonné de cette remarque: «C'est curieux. Des syndicalistes m'ont fait le reproche inverse. Ils m'ont dit que ma proposition équivalait à la retraite à 66 ans pour tous. C'est bien la preuve qu'elle est formulée de manière ouverte», réagit-il.

C'est surtout l'aspect financier qui a semé le trouble. Stéphane Rossini n'a pas chiffré le coût de son idée. Mais l'administration l'a fait grossièrement: «Ca coûterait environ 1,5 milliard par an. Et il ne faut pas oublier que l'AVS commencera à avoir des problèmes de financement dès 2009 ou 2011», martèle Pascal Couchepin. Porte-parole de la Commission de sécurité sociale, Thérèse Meyer (PDC/FR) avance un argument identique: «On ne peut pas souscrire comme ça à une proposition dont le coût est estimé à environ 1,5 milliard par an», avertit-elle. «Pour que cela soit financièrement neutre, il faudrait fixer le nombre d'années de cotisation à 44. Mais cela signifierait qu'une infirmière qui commence à cotiser à 23 ans devrait travailler jusqu'à 67 ans», ajoute Pascal Couchepin.

«Stéphane Rossini prétend que sa proposition est souple. En réalité, elle contient beaucoup de détails. Or, il est préférable d'avoir une large latitude pour examiner plusieurs modèles et tenir compte d'autres éléments, comme la hauteur de la rente ou le bonus éducatif», poursuit-elle. Pour cette raison, le National a rejeté l'initiative parlementaire du Valaisan par 86 voix contre 57 et lui a préféré une motion plus ouverte qui invite simplement le Conseil fédéral à «proposer, lors de la prochaine révision de l'AVS, une disposition permettant la flexibilisation de la prise de retraite qui tienne compte notamment du nombre d'années de cotisation». Pascal Couchepin s'est lui-même dit d'accord avec la motion. «Elle nous permettra de clarifier certaines choses. Nous comptons poursuivre la réflexion sur différents modèles de flexibilisation», promet-il. Mais cela concernera la grande réforme de l'AVS qu'il annonce pour la fin de la décennie, pas la révision intermédiaire qu'il a présentée la semaine dernière (LT du 24.02.2005).

Dans cette perspective, le National a approuvé jeudi une autre motion, qui demande que le 1% de TVA prélevé pour l'AVS soit intégralement versé au fonds de l'assurance vieillesse et ne transite plus par la caisse fédérale. Cela permettra de supprimer la subvention que la Confédération verse à l'AVS. Il a aussi transmis un postulat qui invite le Conseil fédéral à séparer le compte de l'AVS de celui de l'assurance invalidité. Le second, qui a encore accusé un déficit de 1,5 milliard en 2004, pèse depuis des années sur le fonds de compensation AVS, alors que l'AVS a réalisé l'an dernier un bénéfice de 2 milliards.