Drogues

Le Conseil national soutient la distribution de cannabis à but scientifique

Plusieurs villes pourraient bientôt conduire des tests auprès de leurs citoyens fumeurs de marijuana. Le milieu de la prévention s’en réjouit, mais attend encore une décision finale

Le parlement devrait bientôt pouvoir se pencher sur les détails entourant la mise en place de tests pilotes de distribution de cannabis. Entré en matière sur le sujet par 100 voix contre 85, le Conseil national ouvre la porte à une réflexion générale dans le domaine de la politique des drogues suisse. Addiction Suisse applaudit, mais demande à voir enfin le projet se réaliser.

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Un premier pas vers la légalisation?

«La situation est la suivante, a synthétisé Alain Berset, le conseiller fédéral chargé du dossier. Plus de 200 000 personnes consomment chaque jour du cannabis en Suisse; tout indique que ce chiffre devrait augmenter, la répression n’est pas efficace et le marché noir prospère. La réponse actuelle n’est donc pas satisfaisante et il faut trouver de nouvelles voies, mais la loi l’empêche. Souhaitons-nous accepter le problème sans rien faire ou engager une réflexion?» La Chambre basse a choisi la deuxième option.

Il a cependant fallu marcher sur des œufs pour le Conseil fédéral, soupçonné par la droite traditionnelle de vouloir légaliser la marijuana récréative dans le pays. «Non, a martelé plusieurs fois Alain Berset, ce n’est pas le but recherché ici.» Formulé par le gouvernement après que l’Université de Berne s’est vu refuser la possibilité de conduire des tests sur le sujet en 2017, le projet en question n’autoriserait que des tests scientifiques limités dans le temps (cinq ans) sur un nombre réduit de participants majeurs et déjà consommateurs de cannabis. Le chiffre de 5000 personnes maximum a été évoqué.

«Elus pour protéger les Suisses»

Extrêmement méfiantes, la droite dure et économique et une partie du centre religieux ont toutefois refusé de donner leur accord à tout assouplissement de la loi sur les stupéfiants. «La situation n’est pas satisfaisante, a reconnu Benjamin Roduit (PDC/VS). Mais comment empêcher des parents de donner du cannabis à leurs enfants, par exemple?» «Nous avons été élus pour protéger la santé des Suisses», a opiné sa collègue Therese Schläpfer (UDC/ZH).


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Les deux élus conservateurs n’auront pas convaincu la majorité, ni même toute la droite, dont une bonne partie des membres s’est ralliée à l’avis d’Alain Berset. «Une décision importante pour une politique des drogues raisonnable», s’est ainsi réjoui le nouveau benjamin du parlement, Andri Silberschmidt (PLR/ZH), une fois le vote terminé.

Un enthousiasme tempéré

Directeur d’Addiction Suisse, Frank Zobel a accueilli cette victoire d’étape avec des pincettes: «Nous sommes en faveur de ce changement depuis vingt ans. La nouvelle composition du parlement nous donnait bon espoir de voir ce dossier avancer, ce qui nous réjouit. Toutefois, des retours en arrière sur le sujet ne sont pas rares.»

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Alors que la majorité des cantons et des partis politiques s’était déclarée favorable au principe des essais pilotes et que plusieurs villes – dont Genève, Zurich et Bâle – s’étaient déjà montrées intéressées à mener de tels essais, la Commission de santé publique du Conseil national a en effet refusé le projet, raison pour laquelle le Conseil national n’a aujourd’hui pu voter que sur l’entrée en matière.

Son assentiment renvoie le dossier auprès de la nouvelle commission, qui devra le retravailler avant que le plénum n’ait l’occasion de l’étudier article par article. «Tant qu’une décision n’aura pas été prise, on ne sera jamais sûr de rien», constate Frank Zobel. 

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