Le Jura bernois vit une remarquable période de réflexion sur son avenir institutionnel. Depuis deux ans, dans les partis politiques, en cénacles constitués ou informels, des scénarios s'échafaudent pour concrétiser l'autonomie progressive découlant de l'article 5 de la nouvelle Constitution bernoise, qui confère au Jura bernois un statut spécial.

En répétant que «le Jura bernois doit prendre sa destinée en main», le gouvernement cantonal cautionne non seulement la réflexion organisée, mais il a aussi convaincu la population que le statu quo ne peut plus perdurer. Ces prochaines semaines, l'exécutif recevra les propositions du Conseil régional, de l'Assemblée interjurassienne, du groupe Avenir, de la Conférence des maires et même, on le sait depuis hier, de la Ville de Bienne (Le Temps de mercredi). Problème: s'il se réveille, le Jura bernois n'obtient pas de consensus pour dessiner son autonomie. Il y a les «audacieux pragmatiques», comme les maires et le groupe Avenir, et les timorés, adeptes des privilèges acquis, comme une majorité de députés et de préfets qui siègent au Conseil régional.

Un double désaveu cinglant

C'est précisément à ce Conseil que l'exécutif cantonal a confié l'étude officielle de l'autonomie. Malgré les appels du pied des maires ou du groupe Avenir, sa majorité n'a écouté que son égoïsme pour proposer une pâle autonomie. S'il quémande une once de pouvoir, le Conseil régional veut l'exercer lui-même. Son réflexe clubiste lui vaut un double désaveu cinglant.

Le premier vient, par surprise, de la Ville de Bienne. En cherchant à chérir naïvement les Romands de Bienne, le Conseil régional a irrité la ville de l'Avenir, au point qu'elle réclame à son tour sa propre autonomie, en brandissant son statut bilingue. Au passage, le maire socialiste Hans Stöckli se profile dans la perspective des élections communales du 24 septembre.

Le coup de Jarnac biennois n'est rien, au vu de la sévère condamnation des communes du Jura bernois! A une large majorité, elles rejettent le modèle timide du Conseil régional, pour soutenir, plus ou moins ouvertement, l'idée du groupe Avenir, qui réclame non seulement une délégation de pouvoir et des enveloppes financières pour le Jura bernois, mais aussi l'élection d'un parlement régional fort. Le résultat de la consultation des communes ne sera dévoilé que lundi prochain, mais le président de la Conférence des maires, Jacques Hirt, ne dément pas.

Parce qu'il n'a pas perçu l'ébullition qui anime la région, le Conseil régional s'est disqualifié. Même si, pour sauver la face, il devait revoir sa position, il n'a d'autre choix que de céder sa place à un parlement élu au suffrage universel, dans lequel les députés, actuels membres du Conseil, pourraient briguer un siège, à condition d'accepter les nouvelles règles du jeu.

La balle passera donc dans le camp du gouvernement bernois. Qui devra se souvenir qu'il a initié les espoirs d'autonomie et qu'il ne peut pas les décevoir, sous prétexte d'absence de consensus dans le Jura bernois ou de revendications de statuts spéciaux ailleurs dans le canton. Ou il définit lui-même le modèle d'autonomie pour son Jura bernois. Ou, courageusement, il soumet les variantes à la population concernée, avec le risque que les Jurassiens bernois optent pour la solution qui l'ampute le plus de son pouvoir. La difficulté résidera à rédiger les questions à poser aux citoyens.

Fin des ambitions constitutionnelles

Le Conseil exécutif doit éviter le piège qui cause le discrédit du Conseil régional: fonctionner en vase clos et écarter l'audace. La remarque vaut aussi pour l'Assemblée interjurassienne, dont les membres, ennemis il y a six ans, sont aujourd'hui des partenaires qui s'apprécient. Le climat feutré de ses débats semble même faire perdre conscience à certains délégués qu'ils sont là pour régler la Question jurassienne. Ou, pour réaliser le postulat, il se dit que des représentants du canton du Jura, au mépris de la volonté du parlement et du gouvernement, pourraient se satisfaire, comme solde de tout compte, d'un Jura bernois partiellement autonome dans le giron bernois. Rangeant définitivement au placard l'ambition constitutionnelle jurassienne de créer un nouveau canton du Jura avec les trois districts du Nord et les trois du Sud.

Le gouvernement jurassien et la Ville de Moutier, qui jouera sa propre partition si les choses ne prennent pas la tournure que ses autorités souhaitent, ont prévu de tirer l'oreille de ces délégués! Car même si l'autonomie progressive du Jura bernois dans le canton de Berne est la seule formule envisageable à court terme, l'AIJ et surtout la délégation du canton du Jura doivent privilégier une solution définitive plus audacieuse!