Vingt années après son adhésion aux Nations unies, la Suisse est propulsée au Conseil de sécurité pour 2023-2024, après avoir obtenu avec 187 des voix des 193 pays membres, bien plus que les deux tiers requis. Elle briguait avec Malte les deux sièges du bloc d’Europe occidentale, sans aucune concurrence. Le Mozambique, le Japon et l’Équateur ont également été élus.

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■ La réaction d'Ignazio Cassis, président de la Confédération et ministre des Affaires étrangères

«C'est un jour très important pour la Suisse. Vingt ans après notre entrée à l'ONU, nous voulons faire partie de la solution avec notre tradition humanitaire. C'est précisément dans des périodes difficiles que des pays comme la Suisse peuvent jouer un rôle constructif et défendre le dialogue.»


■ La réaction de Joseph Deiss, ancien conseiller fédéral et ministre des Affaires étrangères au moment de l’adhésion à l’ONU

«C’est un superbe et magnifique score. Trois sentiments dominent en ce qui me concerne: premièrement, il s’agit d’un événement historique, pour notre politique étrangère multilatérale, pour notre pays et pour sa présence dans le monde. Nous avons fait un grand pas dans notre façon de gérer notre politique extérieure. Cette élection est au moins aussi importante que celle à l’OSCE en 1995, et que notre adhésion à l’ONU en 2002, évidemment.»

«Ma deuxième réaction: c’est un grand honneur pour notre pays de recevoir une telle manifestation de confiance qui nous fait gagner en souveraineté. Nous allons participer au plus haut niveau aux destinées de notre planète.»

«Troisièmement, c’est un grand défi, car tout cela se passe au moment de la guerre en Ukraine, la pire crise que l’ONU ait connue depuis sa fondation. Enfin, à titre personnel, j’ai la conscience tranquille: c’est la confirmation de ce que nous annoncions au moment de notre candidature. Toutes les horreurs que l’on nous avait prédites ne se sont pas produites.»


■ La réaction d’Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies

L’élection de la Suisse au Conseil de sécurité est saluée par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Ce dernier y voit une «nouvelle preuve d’engagement en faveur de la paix et de la sécurité mondiales». «La Suisse a toujours été un phare dans la communauté internationale pour son approche de principe de la paix et du multilatéralisme», a indiqué jeudi à Keystone-ATS le porte-parole d’Antonio Guterres, Stéphane Dujarric.


■ La réaction de Raymond Loretan, ambassadeur et ancien consul général de Suisse à New York

«La brillante élection de la Suisse au Conseil de sécurité démontre à quel point notre pays est apprécié à l’ONU après seulement 20 ans de participation. Hormis ses autres objectifs, la Suisse devra continuer de travailler à la réforme du Conseil de sécurité. En cela, un État neutre sans agenda caché bénéficiera à coup sûr de davantage de crédibilité.»

«La réforme du Conseil de sécurité pourrait par exemple porter sur le nombre de membres permanents et la durée du mandat des membres non permanents (comme la Suisse). Ce processus n’est pas finalisable en deux ans - la durée du mandat suisse - mais ce laps de temps permet de donner les impulsions nécessaires et d’orienter les discussions dans la bonne direction. Ce n’est pas la taille du pays qui fait la différence, mais l’intelligence des propositions et le savoir-faire pour les faire avancer.»

«On pourrait se demander s’il ne faudrait pas élargir le nombre de membres permanents du Conseil de sécurité, et s’il ne faudrait pas revoir les modalités du droit de veto qui a montré ses limites dans la crise ukrainienne. Par ailleurs, l’ONU doit être beaucoup plus présente sur le terrain. Sa retenue dans la guerre actuelle, notamment en début de conflit, met en lumière une retenue problématique, voir incompréhensible.»


■ La réaction du président de l’UDC Marco Chiesa (TI)

«Le Conseil de sécurité décide de sanctions économiques ou d’interventions militaires contre certains pays. Est-ce le rôle de la Suisse de participer à cela? Justement pas. Nous sommes reconnus comme médiateurs entre parties en conflit, et voulons continuer à l’être. Ce ne sera pas possible en tant que membre du Conseil de sécurité.»

«Nous serons coincés entre des super puissances, aux intérêts propres divergents. En plus, le mandat ne dure que deux ans, ce qui est beaucoup trop court. La Suisse n’a aucune chance d’influer ou de réformer le fonctionnement. Il faut être un rêveur pour prétendre le contraire. Ce mandat sera aussi un exercice alibi en raison du droit de veto des cinq membres permanents. Il n’y a aucun avantage à en retirer pour la Suisse. Nous serons continuellement sous pression car des interventions sont décidées en deux jours.»


■ La réaction du conseiller national vert Nicolas Walder (GE)

«Si le vote est largement en faveur de la Suisse, c’est bien que la communauté internationale ne voit pas de problème à ce qu’elle occupe un siège au Conseil de sécurité en raison de sa neutralité. La Suisse a totalement raison de rentrer dans le Conseil de sécurité, être neutre ne veut pas dire qu’on ne doit pas assumer ses responsabilités et ne pas prendre position, comme le dit l’UDC. Être neutre signifie de ne pas participer à un conflit armé.»

Sur le poids effectif de la Confédération, le membre de la commission de politique extérieure estime que «régler les divergences entre les Etats-Unis et la Chine ne sera pas possible pour nous. Mais comme d’autres pays comparables l’ont fait, la Norvège par exemple, la Suisse pourra amener le regard plus pragmatique des petits Etats, et aussi représenter les intérêts fondamentaux du droit international qui protège les petits, ne l’oublions pas. Les petits pays ont un rapport moins utilitariste au multilatéralisme. La Suisse a clairement un rôle à jouer, elle est crédible, avec la Genève internationale, et en tant que gardienne des conventions de Genève. La plupart des pays sont de petite taille, la Suisse peut les représenter.» Reste un «petit bémol sur la démarche du Conseil fédéral: la défense du droit international et des droits humains n’est pas assez affichée, elle est trop sous-entendue.»


■ La Suisse est élue au Conseil de sécurité des Nations unies avec 187 voix

Sur les 192 pays votants, deux se sont abstenus, et trois n’ont pas voté pour la Suisse. Avec ce résultat, la Suisse égale le record pour un pays d’Europe occidentale. Un tel score avait notamment été atteint par l’Allemagne. Le Mozambique, le Japon, l’Équateur et Malte sont également élus.


Le décompte des voix est en cours

Plusieurs représentants de pays prennent la parole devant l’Assemblée générale. Entre-temps, les scrutateurs font leur travail de décompte des voix. Le résultat est attendu dans les prochaines minutes.


■ Ignazio Cassis est arrivé dans la salle de l’Assemblée générale, le vote est ouvert


«Dear ambassador, it’s time to go».

Ignazio Cassis était d’humeur prudente mais confiante, et aussi joviale, mercredi soir devant le siège de l’ONU à New York. Après une conférence de presse en extérieur avec les médias suisses, il devait participer à un autre engagement. Prenant par le bras l’ambassadrice suisse à l’ONU Pascale Baeriswyl avec un sourire, il a alors glissé en anglais que le moment était venu de partir. «Dear ambassador, it’s time to go», a-t-il affirmé.


Davantage de sécurité pour la gouverneure que pour Ignazio Cassis

Le président de la Confédération Ignazio Cassis est arrivé à New York en train depuis Washington mercredi après-midi. Sans convoi d’escorte, au milieu de la circulation de la ville pour rejoindre la mission suisse à l’ONU. Il a alors passé plusieurs heures sur ce site à discuter avec les collaborateurs.

Devant le bâtiment de plusieurs dizaines d’étages, peu avant son départ, des gardes du corps en civil étaient en poste, mais pas pour Ignazio Cassis. «Ah, le président suisse est ici?», demandait même l’une d’entre eux. Il se trouve que la gouverneure de l’Etat de New York Kathy Hochul travaillait ce jour-là dans ses bureaux new-yorkais – au lieu de ceux de la capitale de l’Etat, Albany. Ceux-ci sont établis quelques étages sous la mission suisse.


Ignazio Cassis: «Ce n’est jamais une formalité»

Devant la presse mercredi soir à New York (jeudi matin en Suisse), Ignazio Cassis est resté prudent mais confiant. «Ce n’est jamais une formalité», a souligné le président de la Confédération. Cinq pays sont candidats à cinq sièges de membres non permanents au Conseil. La Suisse est la seule à briguer avec Malte les deux sièges du bloc d’Europe occidentale. Pour être élu, il faut obtenir au moins deux tiers des voix de pays votants parmi les 193 Etats de l’organisation.

Selon Ignazio Cassis, le résultat importe peu tant qu’il dépasse le nombre de voix requises. Il dit cependant avoir «une idée» de qui pourrait ne pas voter pour la Suisse, sans nommer personne. La crise en Ukraine et l’attitude suisse sur les sanctions contre Moscou peuvent jouer un rôle, a-t-il admis.


25 postes supplémentaires pour représenter la Suisse

La candidature puis le mandat probable de la Suisse au Conseil de sécurité demandent 25 postes supplémentaires. Parmi ces collaborateurs, une dizaine se sont ajoutés à la mission suisse à l’ONU à New York. La plupart des dépenses sont absorbées en interne par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), mais le surcoût est estimé à 5,3 millions de francs.

Au total, l’enveloppe entre 2020 et 2025 devrait atteindre près de 25 millions de francs, dont deux tiers sont financés par le DFAE. Le Département fédéral de la défense (DDPS) et le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) devront également recourir à des ressources supplémentaires.


■ D’un siège rouge à un siège bleu

La Suisse entamera son mandat au Conseil de sécurité de l’ONU en janvier prochain si elle est élue jeudi. Mais elle entrera dès le 1er octobre dans une période provisoire. Les présidents de l’organe exécutif onusien sont alors censés relayer à la Suisse tous les documents importants sur les réunions de celui-ci. Mais «il faudra voir, certains Etats font de la rétention» sur certains dossiers, a expliqué à l’ATS un responsable de l’ONU, spécialiste du Conseil de sécurité. En revanche, la Suisse va conserver son siège rouge dans la salle jusqu’en janvier prochain. Ce n’est qu’alors qu’elle prendra place pour deux ans sur les sièges bleus où se retrouvent les 15 membres, dont les cinq permanents et les 10 non permanents.


■ Aux yeux de l’UDC, «le glas de la neutralité suisse»

Des parlementaires de l’UDC ont manifesté jeudi matin sur la Place fédérale à Berne quelques heures avant l’élection prévue de la Suisse au Conseil de sécurité de l’ONU. Ils ont brandi une banderole sur laquelle on pouvait lire «La Suisse est définitivement partie prenante à la guerre». Pour le parti, cette décision «sonnera le glas de la neutralité suisse».