Figure importante du syndicalisme, spécialiste des dossiers ferroviaires, le conseiller aux Etats était âgé de 64 ans. Il n’avait pas pu participer en décembre à l’élection d’Ueli Maurer au Conseil fédéral. Il avait toutefois fait son retour sous la Coupole en mars et avait encore pris part à la dernière session d’été.

Marié et père de deux enfants adultes, il siégeait depuis 1983 sous la Coupole, au National jusqu’en 1999 puis au Conseil des Etats, ce qui faisait de lui le plus ancien parlementaire en fonction. Aux Chambres, il s’est surtout engagé en faveur des employés et des transports publics. Il était également un bon connaisseur des questions financières et capable de compromis.

Très populaire dans son canton, «Docteur Aschi», comme on l’y surnommait, a consacré sa vie à la défense des salariés. Les hommages ont afflué mercredi. Christine Bigolin, présidente du Grand Conseil soleurois, a ainsi évoqué la perte d’un des politiciens «les plus profilés et les plus éminents».

Christian Levrat, le président du PS, a salué une personnalité suisse très engagée. «’Aschi’laisse un vide énorme», a dit le conseiller national fribourgeois, qui perd également un «vrai et bon ami».

Figure du syndicalisme, Ernst Leuenberger a présidé le Syndicat du personnel des transports (SEV) de 1996 à 2005. Il a également été vice-président de l’Union syndicale suisse (USS) et secrétaire durant de nombreuses années de la section soleuroise de l’USS.

Le SEV a loué ce «syndicaliste jusqu’au bout des ongles» et ses «immenses mérites dans le mouvement ouvrier helvétique». Grâce à sa nature proche du peuple, son discours clair et son sens du mot juste, il jouissait d’un grand soutien de la base, a relevé le SEV.

Sous sa présidence du syndicat, les CFF ont été transformés en société anonyme. Les employés ont alors perdu leur statut de fonctionnaires pour être soumis au régime d’une convention collective de travail. Celle-ci, qui fait office de modèle dans les transports publics, interdit notamment les licenciements pour raisons économiques, rappelle le SEV.

Le cœur politique d’Ernst Leuenberger n’a cessé de battre à gauche et toujours pour les défavorisés et les faibles de notre société, a encore souligné pour sa part la présidente du Parlement soleurois. «Avec sa force et son enthousiasme pour la chose publique, il leur a donné de l’espoir et de la confiance».

En 2005, le conseiller aux Etats jurassien Pierre-Alain Gentil avait succédé à Ernst Leuenberger à la présidence du SEV. Il est décédé en septembre 2008 d’une pancréatite aiguë sévère.

Ernst Leuenberger était aussi un orateur doué et drôle. En 1995, le PS avait envisagé de le désigner pour succéder au conseiller fédéral Otto Stich, mais Ernst Leuenberger avait finalement refusé.

Né le 18 janvier 1945 dans une famille ouvrière de quatre enfants à Bätterkinden (BE), Ernst Leuenberger a fait des études en économie et en sciences sociales à Berne. C’est là que débuta son engagement politique.

En novembre 1966, il organisa alors à Berne, avec d’autres étudiants, une des premières manifestations contre la guerre du Vietnam. Cela lui valut d’être fiché pour «agitation révolutionnaire».

En 1973, il déménagea à Soleure, où il devint secrétaire cantonal de l’USS. C’est là qu’il noua une amitié avec l’ex-conseiller fédéral socialiste Willy Ritschard, qu’il admirait beaucoup.