Je remercie le gouvernement suisse pour le cours intensif de deux jours auquel il m'a permis d'assister dans la branche «Suisse». Cela m'a rappelé mes années sur le banc des écoliers. Notre salle de classe était située au Foyer de la Presse de l'Hôtel Bellevue Palace. Chic, très chic. Nos enseignants n'étaient autres que cinq ministres – qu'on appelle ici des conseillers fédéraux. A peine croyable. A l'exception de M. Couchepin, ils ne se sont pas comportés du tout comme des politiciens, mais plutôt comme de braves fonctionnaires d'Etat – braves mais un peu contrariés tout de même.

Vers la fin seulement, les conseillers fédéraux se sont détendus, certains faisant même preuve d'humour. D'un côté, leur modestie peut être considérée comme un bienfait: que l'on songe à tous ces politiciens étrangers accros des médias. Mais de l'autre comme ennuyeuse, voire dangereuse. Les politiciens œuvrent pour le bien commun. En Suisse, ils sont manifestement choisis en pleine connaissance de cause parce qu'ils remplissent un critère particulier: ne pas disposer d'un trop grand charisme. Mais est-ce une solution d'avenir? Car quand les prestations des politiciens sont de faible qualité, cela laisse plus de place aux populistes ou à ceux qui défendent de manière bien organisée leurs propres intérêts égoïstes.

Mais revenons à mon voyage d'études. Du Foyer de la Presse, je me suis sans cesse retrouvé dans le tout proche Café fédéral. Pas pour des recherches, pour réfléchir. Réfléchir à la Suisse en Suisse: je n'y suis pas parvenu. Même au Café Entrecôte, je suis tombé sur Joseph Deiss et d'autres conseillers fédéraux. Que viennent-ils faire là? Ne font-ils que boire et manger? Sont-ils là pour se consulter sur la Suisse ou pour recevoir des conseils?

De conseils, ils en auraient bien besoin. Car, de retour au Foyer, j'ai dû constater avec étonnement que les conseillers fédéraux se comportaient comme des avocats. Ils n'ont pas arrêté de défendre leur pays, principalement contre l'image véhiculée à l'étranger d'une Suisse terre d'asile pour les gros poissons de la criminalité financière. Mes chers, si vos dirigeants ne font que vanter la droiture suisse tout en accusant discrètement les autres, cela n'est pas convaincant et incite plutôt à la méfiance.

Je m'interroge: et si ces honnêtes hommes ne disaient pas tout ce qu'ils savent sur la pourriture dans la charpente de la forteresse alpine? Dans ce pays, qui prend des décisions et qui leur donne une apparence de probité. Bref: une fois que la méfiance est là, il n'y a plus de limites aux soupçons. Il ne suffit pas de prétendre que les critiques de l'étranger sont motivées par la jalousie envers le bien-être matériel suisse pour les rendre caduques.

Brève conclusion de mon voyage d'étude: à cause de ce que je viens de dire et malheureusement pour d'autres raisons encore, les démarches entreprises – d'ailleurs sans grande conviction – par la Suisse en vue de rejoindre l'Union européenne ne déboucheront jamais sur rien.

Traduction M. C.