Stupéfiants

Les consommateurs genevois pourront faire tester leurs drogues

Présent en Suisse alémanique depuis vingt ans, un dispositif d’analyse des substances psychotropes sera disponible dès le mois de juin. Objectif: réduire les risques liés à la consommation de produits surdosés

Ils consomment des drogues de manière occasionnelle ou récréative, en soirée ou avec des amis, mais ignorent souvent la composition exacte des produits qu’ils ingèrent. C’est pour ce public cible, souvent jeune, que Nuit Blanche?, l’une des antennes de l’association Première Ligne, a pensé son service de «drug checking». Le dispositif gratuit et anonyme verra le jour début juin, en collaboration avec le laboratoire du Centre universitaire romand de médecine légale. En parallèle, l’association ouvre également une permanence d’information dans un nouveau local aux Grottes.

Quitte à consommer des stupéfiants, autant savoir quoi et comment. Telle est la philosophie de Nuit Blanche?, qui fait de la prévention et de la réduction de risques auprès des noctambules genevois depuis près de dix ans. «Avec la multiplication des produits de synthèse et des pilules surdosées sur le marché, l’information est plus que jamais cruciale», note la coordinatrice Roxane Morger Mégevand. L’analyse chimique, à la fois qualitative et quantitative, d’un produit permet de déterminer la concentration en substance psychoactive ou encore les produits de coupe utilisés. «L’objectif est d’éviter au consommateur d’ingérer des produits dangereux et de l’inciter à adapter sa consommation en fonction des résultats.»

Résultats en une semaine

A Genève, les tendances sont inquiétantes. Il n’est pas rare de trouver des pilules d’ecstasy présentant une concentration de 250 alors que la limite pour une consommation à moindres risques se situe autour de 120 mg. De même, la cocaïne est de plus en plus pure, parfois jusqu’à 90%. Ce qui explique sans doute qu’entre 2017 et 2018, la concentration de poudre blanche dans les eaux usées du canton ait augmenté de plus de 60%.

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Déjà présent à Zurich, Berne et Bâle, le dispositif de test a mis près de treize ans pour être développé à Genève. Il se présente sous une forme stationnaire, au sein du local des Grottes, et mobile, dans les festivals et manifestations. «Le consommateur pourra venir déposer son échantillon en début de semaine et obtenir les résultats vendredi, en prévision du week-end, détaille Roxane Morger Mégevand. Un entretien est prévu afin de déceler d’éventuelles fragilités chez le consommateur et de l’orienter vers des soutiens.» Si le cadre est jugé trop contraignant, l’association envisage, à terme, de donner les résultats par téléphone. Le projet pilote bénéficie du soutien de l’Etat à hauteur de 150 000 francs par an, et ambitionne d’effectuer quelque 500 analyses par an. Les résultats serviront à alimenter une base de données en ligne qui diffusera des alertes en cas de produits à risque. Le dispositif ne s’adresse a priori pas aux toxicomanes, déjà pris en charge par le Quai 9.

Pas de prosélytisme

Au-delà des analyses, Nuit Blanche? veut répondre aux préoccupations des consommateurs ou de leur entourage. Deux jours par mois, une permanence d’accueil baptisée «Laperm» propose des entretiens de conseil et d’information, toujours dans une optique de réduction des risques liés aux drogues. L’espace vise à atteindre les mineurs, entre 15 et 18 ans, pour faire de la prévention. Des partenariats avec les maisons de quartier, les travailleurs sociaux hors murs voire les établissements scolaires sont envisagés. Ne risque-t-on pas de tomber dans le prosélytisme? «Non, répond David Perrin, coordinateur de Laperm. Nous intervenons lorsqu’une consommation existe déjà, il ne s’agit en aucun cas d’une incitation. Alors que certaines substances telles que la MDMA et la cocaïne ont tendance à être banalisées chez les plus jeunes, les risques méritent d’être rappelés.»

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