L’événement était très attendu. «L’ensemble des participants invités ont répondu présent», a précisé Johann Schneider-Ammann, à l’issue de la table ronde organisée par le Département fédéral de l’économie (DFE). En substance, le conseiller fédéral, qui a adopté un ton grave pour l’occasion, n’a, comme prévu, pas annoncé de mesures immédiates. Il s’agissait avant tout, pour le ministre libéral-radical, d’accentuer la pression sur les acteurs du marché, afin de faire bénéficier les consommateurs de la faiblesse de l’euro.

Pour l’heure, Johann Schneider-Ammann a invité la Comco et Monsieur Prix à utiliser au maximum leurs compétences. Il a confirmé que son département étudiait la possibilité de renforcer l’arsenal de lutte contre les ententes verticales, qui permettent à un producteur d’imposer un prix de vente plus élevé en Suisse qu’à l’étranger. Le Bernois transmettra, mercredi, des propositions dans ce sens au Conseil fédéral, «en expliquant les effets que l’on peut en attendre et à quelle échéance». Parmi ces mesures devrait figurer un renforcement de la loi sur les cartels (LCart).

Les consommateurs verront-ils bientôt les prix baisser? «Je les invite dès à présent à dénicher le meilleur prix», a laconiquement répondu Johann Schneider-Ammann. La présidente de la Fédération romande des consommateurs (FRC), Monika Dusong, a quant à elle estimé que la tendance à la baisse des prix, qui s’est déjà amorcée, pourrait s’accentuer. Pour autant, bien sûr, que la pression sur les importateurs et les détaillants s’accentue. De toute évidence, a-t-elle ajouté, les consommateurs – «en colère» – sont devenus une force.

Outre le DFE, cette table ronde a réuni la Comco, le surveillant des Prix et le Secrétariat à l’économie. Economiesuisse et les associations de défense des consommateurs étaient représentées. Enfin, selon les informations du Temps, parmi les entreprises invitées figuraient C & A, Migros, Coop, Emil Frey, Kuoni, Pfister Meubles, AMAG, Be + We Bayard Wartmann ou encore Firmenich.

Mais qu’est-ce qui s’est dit durant cette rencontre de deux heures? Invités à s’exprimer devant les médias, le président de la direction de Migros, Herbert Bolliger, et celui de l’importateur automobile AMAG, Morten Hannesbo, ont invoqué une faible marge de manœuvre, ne sachant pas comment répercuter les fluctuations de l’euro sur leurs prix de vente. Cette année, le cours du change a, pour rappel, varié de 38 centimes. Lors de cette table ronde, un autre détaillant aurait évoqué la nécessité de remettre en cause les achats en francs suisses auprès des fournisseurs étrangers…

Enfin, Herbert Bolliger a souligné la difficulté, pour Migros, de renégocier les contrats avec certains importateurs de produits auxquels les clients sont particulièrement attachés – les «must-stock products» comme Coca-Cola, Elmex ou Nivea.

Au final, les milieux économiques ont plaidé pour la définition d’un taux plancher, ce qui relève de la compétence de la Banque nationale suisse. Interrogé sur les responsables des prix élevés, Johann Schneider-Ammann a, pour sa part, désigné les fabricants étrangers.

Les arguments de Migros ou AMAG ont toutefois moyennement convaincu les organes de contrôle fédéraux et les organisations de défense des consommateurs. Lesquels ont invité les différents acteurs du marché à cesser de se renvoyer la balle. «J’ai constaté, lors de cette table ronde, que des acteurs se sont plaints ou ont joué les victimes, a souligné le surveillant des Prix, Stefan Meier­hans. Il ne faut pas croire tout ce qu’ils disent.» Vincent Martenet, le président de la Comco, attend de pied ferme que les commerces de détail lui transmettent toute leur documentation sur ces fameux produits auxquels les consommateurs sont très attachés.

«Il faut davantage de transparence», a plaidé le professeur lausannois, invitant les distributeurs à «assumer leurs responsabilités» en renégociant les contrats avec leurs fournisseurs. Monika Dusong, elle, observe un «double discours» de certains acteurs: «Tout le monde prétend qu’il fait le maximum. Il faut faire pression sur les importateurs et, à moyen terme, renforcer le droit. A court terme, chacun doit jouer le jeu et se montrer loyal vis-à-vis des consommateurs.» ö Pages 11, 12 et 13